Car les pièges sont multiples, où que nous allions : pièges du corps, pièges de la Loi, pièges tendus par le diable au pinacle des temples, au faîte des murailles, pièges de la philosophie, piège des désirs — car l'œil de la courtisane est le piège du pécheur (cf. Prov., VII, 21) — piège de l'argent, piège dans la religion, piège dans le culte de la chasteté. Car de menues surcharges pèsent sur l'âme humaine et souvent la font pencher ici ou là selon l'habileté du séducteur. Le diable voit quelque homme religieux, servant Dieu avec vénération, plein d'égards pour ce qui est saint, incapable de faire aucun tort : il le fait tomber par sa religion même, en l'amenant à ne pas croire que le Fils de Dieu ait véritablement pris cette chair qui est nôtre, ce corps qui est nôtre, cette faiblesse de nos membres, alors qu' II a sans doute souffert en son corps, mais que sa divinité est demeurée hors d'atteinte ; ainsi sa religion même le met en faute : car « quiconque nie que Jésus-Christ est venu dans la chair, n'est pas de Dieu » (I Jn, IV, 3). Il voit un homme pur, d'une chasteté intacte : il lui persuade de condamner le mariage, ce qui le fera chasser de l'Église, le culte de la chasteté le séparant de ce chaste corps. Tel autre a entendu dire qu'il y a « un seul Dieu, de qui vient tout » (I Cor., VIII, 6) : il l'adore et le vénère ; le diable l'entreprend, lui bouche les oreilles pour qu'il n'entende pas qu'il y a « un seul Seigneur, par qui sont toutes choses » (Ib.) : ainsi par une piété excessive le contraint-il d'être impie, en séparant le Père du Fils et, en même temps, en confondant le Père et le Fils, en croyant qu'il y a unité de personne et non de puissance. Ainsi, faute de connaître la mesure de la foi, s'inflige-t-il le fardeau de l'erreur.