Mais comment est-ce ici le diable qui donne le pouvoir, quand vous lisez ailleurs que « tout pouvoir vient de Dieu » (Rom., XIII, 1) ? Est-ce qu'on peut servir deux maîtres (Matth., VI, 24) ou de deux recevoir le pouvoir ? Y a-t-il donc contradiction ? nullement ; mais voyez que tout vient de Dieu. Car, sans Dieu, pas de monde, puisque « le monde a été fait par Lui » ( Jn, I, 10) ; mais, bien que fait par Dieu, ses oeuvres sont pourtant mauvaises, car « le monde est plongé dans le mal » (I Jn, V, 19) : l'établissement du monde est de Dieu, les oeuvres du monde sont du mauvais. De même aussi de Dieu vient l'institution des pouvoirs, du mauvais l'ambition du pouvoir. Aussi bien « il n'y a pas, est-il dit, de pouvoir qui ne vienne de Dieu ; ceux qui existent ont été institués de Dieu » : non pas donnés, mais institués ; et « qui résiste au pouvoir, est-il dit, résiste à l'institution de Dieu » (Rom,, XIII, 1). Ici également, tout en disant qu'il donne le pouvoir, le diable ne conteste pas que tout cela lui ait été abandonné pour un temps seulement. Ainsi Celui qui l'a abandonné l'a ordonné, et le pouvoir n'est pas mauvais, mais celui qui use mal du pouvoir. Aussi bien « voulez-vous ne pas craindre le pouvoir ? Faites le bien, et vous en recevrez des éloges » (Rom., XIII, 3). Ce n'est donc pas le pouvoir qui est mauvais, mais l'ambition. Au reste l'institution du pouvoir vient tellement de Dieu que celui qui use bien du pouvoir est ministre de Dieu : « II est ministre de Dieu, est-il dit, pour votre bien » (Rom., XIII, 4). Ce n'est donc pas la fonction qui peut être en faute, mais le ministre ; ce n'est pas l'institution de Dieu qui peut déplaire, mais la conduite de celui qui administre. Car, pour passer du ciel à la terre en fait d'exemples, un empereur donne les honneurs et reçoit la gloire : si quelqu'un use mal de ces honneurs, ce n'est pas l'empereur qui est en faute, mais le juge ; le coupable est tenu par ses crimes, et ce n'est pas le pouvoir mais le service qui est en cause.