TheoFonsAux sources de la foi

Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Le diable n'a pas qu'une flèche : il multiplie les traits, pour triompher soit par l'offre, soit par la lassitude. Il blesse premièrement dans les désirs, deuxièmement dans les affections, en troisième lieu dans la santé : car il attaque par les ulcères de l'âme comme du corps. D'ailleurs la variété des épreuves correspond à la variété des lutteurs. Le riche est harcelé par le tort fait à son avidité, le père par la perte de ses enfants, l'homme par les douleurs, le corps par les ulcères. Que de traits ! C'est pourquoi le Seigneur n'a pas voulu avoir de quoi perdre, et s'il est venu pauvre en ce monde, c'est pour que le diable n'eût rien à Lui enlever. Voulez-vous savoir à quel point c'est vrai ? Ecoutez le Seigneur même : « Voici venir, dit-II, le prince de ce monde, et il ne trouve rien en moi » (Jn, XIV, 30). Il n'a pas davantage voulu être le père d'un petit nombre, pour l'être de tous — quant aux ulcères du corps, il eût été vain de l'éprouver par là, Lui qui méprisait toutes souffrances corporelles — et aussi pour nous montrer qu'il avait droit à une victoire sans tache, qui triompherait de l'ennemi du corps. Mais celui-là, comme un homme, est tenté dans ses biens, Celui-ci dans le domaine souverain ; à l'un son patrimoine est ravi, à l'autre le royaume du monde est offert. Et le diable ne serait pas complet sans la ruse : il craint de pousser à bout le Fils de Dieu ; il tente celui-là par des vexations, Celui-ci par des offres. Celui-là, comme un serviteur, dit : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris » (Job, I, 21) ; Celui-ci, conscient de sa nature et de sa dignité, rit de se voir offrir ce qui est à Lui. Mais, pour revenir à l'autre épisode, il arrive messager sur messager ; ils accumulent les blessures, et pourtant le courageux athlète n'a pas l'âme troublée. On fait venir la femme, instrument de la première erreur (celui qui est né d'une vierge n'avait aucune femme qui fût accessible à l'erreur) ; on fait venir les amis pour qu'ils écrasent sous leurs mauvais conseils sa résistance. Mais « parmi tout ce qui lui arriva Job ne pécha jamais en paroles aux yeux de Dieu » (Job, II, 10).