« Et ceux qui le forcent s'en emparent. » Si nous nous reportons à ce qui est écrit du Seigneur, que le Fils de Dieu a dit : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc, XVII, 21), nous remarquons que le Royaume des cieux s'affermit en nous lorsque le Christ, ayant renversé la royauté du prince de ce monde et mis en fuite les plaisirs du siècle, règne dans l'intime de nos cœurs. Il est donc fait violence à l'âme humaine qui, captivée par divers appâts, fuit le travail, recherche la jouissance, lorsque, soit contrainte par la frayeur du supplice, soit stimulée par la récompense, elle s'efforce de se vaincre et, à force de travail, tâche d'enlever la palme que lui disputaient de nombreux adversaires. Nous enlevons en effet de ce monde la palme du salut et, par un effort vigilant, nous cueillons les fruits entourés et gardés par des serpents l, de telle sorte cependant qu'il n'y ait pas enlèvement furtif, mais conquête triomphante. Il est encore une autre espèce de conquête, lorsque nous conquérons ce qui fut offert à d'autres. Qui donc sont les ravisseurs, nous n'avons nulle peine à le comprendre, puisque nous savons être descendants de la race de Benjamin, le loup ravisseur (Gen., XLIX, 27). Jean était passé le premier pour rendre juste le peuple des Juifs ; le Seigneur Lui-même était venu aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matth., XV, 24) ; II avait envoyé ses Apôtres pour établir la foi du peuple des Juifs par le discours ou par les signes et les miracles ; mais tandis qu'ils se dérobaient aux bienfaits ainsi offerts, les publicains et les pécheurs se mirent à croire en Dieu, à venir à la foi. C'est donc en eux, par la prédication des Apôtres, que le Royaume des cieux est pressé et affermi par le désir du peuple fidèle.