Grande leçon encore de vertu ! Ne pas attendre la fertilité de ce qui est stérile, ni escompter une abondante récolte de ce qui est inculte. Chacun recueille les fruits de ce qu'il cultive. Parmi les épines de ce monde on ne saurait trouver le figuier, qui, excellant par la fécondité de ses fruits, se trouve bien choisi pour figurer la résurrection : soit parce que, comme vous l'avez lu, « les figuiers ont produit leurs figues non mûres » (Cant., II, 13), car le fruit est d'abord apparu sans maturité, inutile et caduc, dans la Synagogue ; soit parce que notre vie n'est pas mûre en ce corps, est à point dans la résurrection. Aussi devons-nous rejeter loin de nous les soucis du siècle, qui rongent l'âme et dessèchent l'esprit, si nous voulons recueillir les fruits mûrs d'une culture diligente. Cela, nous ne pouvons le trouver dans les friches de ce monde, car « on ne cueille pas les figues sur des épines et on ne vendange pas le raisin sur les ronces ». L'un se rapporte au monde et à la résurrection, l'autre à l'âme et au corps : soit parce que nul n'acquiert par les péchés le fruit de son âme, qui, à l'exemple du raisin, se gâte au voisinage de la terre, mûrit en haut ; soit parce que nul ne peut éviter la damnation de la chair, s'il n'est racheté par le Christ qui, comme le raisin, a été suspendu au bois. Loin donc de cette chair, qui a reçu l'ordre de germer des ronces pour l'homme condamné (Gen., III, 18), élevons le regard de l'âme, tendons les mains pour arriver à vendanger le Christ.