Mais on nous accordera peut-être peu d'autorité et de créance : lisez le discours adressé par l'Apôtre aux Athéniens. S'il avait voulu d'emblée détruire les cérémonies idolâtriques, les oreilles païennes eussent rejeté sa parole. Il commence donc par un seul Dieu, artisan du monde, en disant : « Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve » (Act., XVII, 24). Ils ne pouvaient nier qu'il y eût un artisan unique du monde, un seul Dieu, un seul Créateur de toutes choses. Il ajouta que le Maître du ciel et de la terre ne consent pas à habiter dans les oeuvres de nos mains ; puis qu'il n'est pas vraisemblable que l'art humain emprisonne dans la vaine matière de l'or et de l'argent la puissance de la divinité ; le remède à cette erreur, disait-il, c'est le zèle à se repentir. Alors il en vient au Christ ; et pourtant il n'a pas voulu l'appeler Dieu plutôt qu'homme : « Dans l'homme, dit-il, qu'il a désigné à la foi de tous en le ressuscitant de la mort. » En effet, celui qui discourt doit avoir égard aux personnes qui l'entendent, pour n'être pas raillé avant d'être entendu. Comment les Athéniens auraient-ils cru que le Verbe s'est fait chair, et qu'une Vierge a conçu de l'Esprit, eux qui raillaient quand ils eurent entendu parler de résurrection des morts ? Pourtant Denys l'Aréopagite a cru, et d'autres ont cru à cet homme afin de croire en Dieu. Qu'importé l'ordre dans lequel chacun croit ? on ne demande pas la perfection dès le début, mais du début on arrive à la perfection. Il a donc instruit les Athéniens suivant ce principe, et tel est l'ordre que nous devons garder avec les Gentils.