Donc Matthieu fait entrer cette femme qui verse un parfum sur la tête du Christ ; et peut-être est-ce pour cela qu'il n'a pas voulu l'appeler pécheresse ; car, selon Luc, la pécheresse a répandu le parfum sur les pieds du Christ. Il se peut donc que ce ne soit pas la même : ainsi les évangélistes ne sembleront pas se contredire. La question peut aussi se résoudre par une différence de mérite et de temps, en sorte que l'une soit encore pécheresse, l'autre déjà plus parfaite : car si l'Église, ou l'âme, ne change pas de personnalité, elle change quant au progrès. Supposez donc une âme qui approche de Dieu avec foi, qui, au lieu de péchés honteux et impurs, sert pieusement le Verbe de Dieu, qui a l'assurance d'une chasteté sans tache, vous verrez qu'elle s'élève vers la tête même du Christ — « et la tête du Christ, c'est Dieu » (I Cor., XI, 3) — et répand le parfum de ses mérites : car « nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu » (II Cor., II, 15). Car Dieu est honoré par la vie des justes qui exhale une bonne odeur.