Il suffit d'avoir effleuré ce que nous avons indiqué plus haut. Maintenant, puisque nous savons par le livre selon Matthieu que dans le pays des Géraséniens deux hommes possédés par les démons se sont présentés au Christ, tandis qu'ici S. Luc en met en scène un seul, et nu (est nu quiconque a perdu le vêtement de sa nature et de sa vertu), j'estime que cet apparent désaccord des évangélistes quant au nombre ne doit pas être négligé, mais qu'il en faut rechercher la raison. En fait, même si le nombre ne concorde pas, il y a accord quant au mystère. Cet homme possédé du démon est la figure du peuple des Gentils, couvert de vices, à nu pour l'erreur, à découvert pour le crime. Les deux autres font également figure du peuple des Gentils : car, Noé ayant engendré trois fils, Sem, Cham et Japhet, la seule famille de Sem a été prise par Dieu comme sa possession ; des deux autres sont issus les peuples des diverses nations : l'un fut maudit pour n'avoir pas couvert la nudité de son père, l'autre béni, parce qu'à reculons, pour ne pas voir la honte de son père, la piété le conduisit à couvrir ce père, et à s'épargner la malédiction de la race de son frère. « Depuis longtemps, est-il dit, il était agité » : Evidemment, puisque du déluge à la venue du Seigneur, il était tourmenté, brisant dans sa démence furieuse les liens de la nature.