Il peut sembler à quelques-uns rude et sévère que les disciples aient empêché les petits enfants de venir au Seigneur, si vous ne comprenez pas soit le mystère, soit leur intention. Car ils ne le faisaient point par dureté de coeur et mauvais vouloir envers les enfants ; mais ils témoignaient au Seigneur l'empressement de serviteurs attentifs, pour qu'il ne fût pas pressé par les foules ; aussi bien est-il écrit ailleurs : « Maître, les foules vous pressent » (Lc, VIII, 45). Car il faut renoncer à notre avantage quand il ferait tort à Dieu. Fuyons donc l'orgueil, imitons la simplicité de l'enfance : car la vérité s'oppose à l'orgueil, tandis que la simplicité s'accorde avec la vérité, s'élève par son abaissement même. Dieu en effet n'habite pas dans une âme basse, mais, comme nous l'ont appris les Prophètes : « Le trône de la vertu a été exalté » ( Jér., XVII, 12), à savoir chez celui dont la sagesse s'élève au niveau de la vérité, si bien qu'il ne cache pas, comme Caïn, la ruse du meurtrier sous l'apparence d'un frère, mais est frère au-dehors et au-dedans. Ceci quant à leurs sentiments. Au sens mystique, ils voulaient que fût d'abord sauvé le peuple juif, dont ils étaient nés selon la chair ; mais ils ont également intercédé pour la Chananéenne (Matth., XV, 23) : ils connaissaient donc le mystère qui réservait aux deux peuples leur vocation, mais peut-être en ignoraient-ils encore l'ordre.