Mais vous pensez que Dieu est bon parce qu'il n'exerce pas le jugement qui le mettrait dans la nécessité de châtier. Bien que nous ayons déjà dit qu'il est bon juge pour la maison d'Israël, cependant vous trouvez ailleurs : « Que le Dieu d'Israël est bon pour les cœurs droits » (Ps. 72, 1) ! De qui donc parle-t-on, à votre avis ? du Père, ou du Fils ? Si c'est du Père, Il n'est donc pas bon pour tout le monde ; pourquoi donc le refuser au Fils ? Si c'est du Fils, avouez donc que le Fils est Lui aussi Dieu bon ; car c'est Lui le « Dieu béni d'Israël, qui a visité son peuple et accompli sa rédemption » (Lc, I, 68). C'est Lui le roi et le Dieu d'Israël, à qui l'on dit : « Maître, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d'Israël» (Jn, I, 49). Ainsi donc Il dit ici : Puisque vous ne pouvez me croire bon, quand vous me tentez pourquoi m'appelez-vous bon ? Oui, je suis bon, mais pour les cœurs droits ; être bon me vient de nature, non de l'artifice. Donc le Fils de Dieu est bon ; car « Il est l'éclat de la lumière éternelle, et le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l'image de sa bonté » (Sag., VII, 26). Comment donc ne serait-Il pas bon, étant l'image de la bonté ? De même en effet que l'image de Dieu est Dieu, mais qu'il y a un seul Dieu, de même aussi l'image de la bonté divine est bonne, mais il n'y a qu'une bonté. J'ai certes avantage à croire que Dieu est bon, devant l'avoir pour juge de mes manquements ; avis à ceux qui ne veulent pas croire à sa bonté. Ainsi, puisque celui qui tente est expert en la Loi, comme il est démontré dans un autre livre, II a fort bien dit : « Nul n'est bon que Dieu seul », pour l'avertir qu'il est écrit : « Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu » (Deut., VI, 16), et pour qu'il loue plutôt Dieu de ce qu'il est bon.