La bienveillance, d'ordinaire, arrache aussi des mains le glaive de la colère. La bienveillance fait que les blessures causées par un ami sont plus utiles que les baisers forcés d'un ennemi. La bienveillance fait « que plusieurs ne font qu'un seul homme », parce que s'il y a plusieurs amis, ils ne font qu'un, ceux en qui n'est qu'un esprit et qu'une pensée. Nous observons aussi que même les reproches sont agréables dans l'amitié, ils comportent leurs pointes, mais ne comportent pas de ressentiments. Nous sommes piqués en effet par des propos qui nous censurent, mais nous sommes charmés par l'empressement de la bienveillance.
Finalement, on n'a pas envers tous toujours les mêmes devoirs, et les préférences ne tiennent pas toujours aux personnes mais très souvent aux cas et aux moments, de telle sorte que parfois l'on a aidé un voisin plutôt qu'un frère. Car Salomon aussi dit : « Mieux vaut un voisin à proximité qu'un frère habitant au loin ». Et c'est pourquoi très souvent chacun se confie à la bienveillance d'un ami plutôt qu'à la parenté d'un frère. La bienveillance a tant d'importance que très souvent elle l'emporte sur les liens de la nature.