Nous avons traité assez abondamment, à propos de la justice, de la nature et de l'essence de la beauté morale. Traitons maintenant du courage qui, étant comme plus élevé que toutes les autres vertus, se divise en entreprises guerrières et civiles . Mais le goût des entreprises guerrières paraît désormais étranger à notre devoir, parce que nous nous appliquons au devoir de l'âme plutôt qu'à celui du corps et que notre activité ne concerne pas désormais les armes, mais les affaires de la paix. Pourtant nos pères, comme Josué, Jérobaal, Samson, David remportèrent par des entreprises guerrières aussi, la plus haute gloire.
Le courage est ainsi comme plus élevé que toutes les autres vertus, mais jamais une vertu sans compagnes ; en effet elle ne s'en remet pas à elle-même, autrement, le courage sans la justice est occasion d'iniquité . De fait, plus il est fort, plus il est enclin à écraser le petit, bien que l'on estime qu'il faut considérer, dans les entreprises guerrières elles-mêmes, si les guerres sont justes ou injustes.
Jamais David, s'il ne fut provoqué, n'engagea la guerre. C'est ainsi qu'il eut la prudence comme compagne du courage dans le combat. De fait, même sur le point de lutter en combat singulier contre Goliath, un homme monstrueux par la masse de son corps, il se débarrassa des armes qui l'alourdiraient ; la valeur en effet s'appuie plutôt sur ses propres bras que sur des armures extérieures. Puis, de loin, afin de frapper plus sévèrement, d'un jet de pierre, il tua l'ennemi. Par la suite, jamais, si ce n'est après avoir consulté le Seigneur, il n'entreprit la guerre . C'est pourquoi, vainqueur dans tous les combats, la main agile jusque dans l'extrême vieillesse, ayant engagé la guerre contre des Titans, il se mêlait comme combattant aux bataillons furieux, avide de gloire, sans souci de son salut.
Mais ce n'est pas cela seulement, le remarquable courage ; mais nous prenons pour glorieux courage, celui aussi de ceux qui, par la foi, avec grandeur d'âme « bouchèrent la gueule des lions, éteignirent la force du feu, échappèrent au tranchant du glaive, s'affermirent, de faibles qu'ils étaient, dans le courage », qui ne remportèrent pas, incorporés à une compagnie et à des légions, une victoire commune à un grand nombre, mais, avec la seule valeur de leur âme, un triomphe personnel sur les infidèles. Comme il fut invincible Daniel, lui qui ne s'effraya pas des lions qui rugissaient à ses côtés ! Les bêtes grondaient et lui festoyait. Ce n'est donc pas seulement dans les forces du corps et dans les bras que consiste la gloire du courage, mais plutôt dans la vertu de l'âme ; et ce n'est pas à commettre l'injustice, mais à la repousser que consiste la loi de la vertu. Celui en effet qui ne repousse pas l'injustice loin de son compagnon, alors qu'il le peut, est en faute tout autant que celui qui l'accomplit. Aussi le saint Moïse commença-t-il, par là d'abord, ses essais de courage guerrier. De fait, ayant vu un Hébreu qui subissait l'injustice de la part d'un Égyptien, il le défendit si bien qu'il abattit l'Égyptien et le cacha dans le sable. Salomon aussi déclare : « Arrache à la mort celui qu'on y conduit ».