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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

D'où donc Tullius ou encore Panétius ou Aristote lui-même ont-ils repris cela, c'est assez clair ; clair également combien plus ancien même que ces deux derniers, est Job qui a dit : « J'ai sauvé le pauvre de la main du puissant et j'ai aidé l'orphelin qui n'avait pas d'aide. Que la bénédiction de celui qui va périr vienne sur moi ». N'était-il pas très courageux, cet homme qui supporta si courageusement les assauts du diable et le vainquit par la vertu de son âme ? Et en vérité on ne doit pas douter du courage de celui à qui le Seigneur dit : « Ceins tes reins comme un homme..., prends de la hauteur et de la vertu... et abaisse tout auteur d'injustice ». L'apôtre aussi dit : « Vous avez le réconfort d'un très grand courage ». Il est donc courageux, celui qui dans quelque douleur se réconforte.

Et en vérité c'est à bon droit qu'on parle de courage quand un chacun se vainc soi-même, contient la colère, n'est amolli et fléchi par aucunes séductions, n'est pas troublé par l'adversité, n'est pas exalté par la prospérité, et n'est pas entraîné, comme par une sorte de vent, par le tourbillon du changement et de la variété des choses ». Or qu'y a-t-il de plus élevé et de plus grand que d'exercer l'esprit, d'exténuer la chair, de la réduire en servitude afin qu'elle obéisse au commandement, se conforme aux conseils et que, dans l'entreprise de travaux, elle exécute avec diligence le dessein et la volonté de l'âme ?

Tel est donc le premier caractère essentiel du courage, car c'est en deux domaines que l'on considère le courage de l'âme : en premier lieu, pour les biens extérieurs concernant le corps, qu'il les tienne pour les moindres des biens et les regarde comme superflus, à dédaigner plutôt qu'à rechercher ; en second lieu, pour ces biens qui sont les plus élevés, et toutes les choses où l'on reconnaît la beauté morale et ce ?????? , qu'il s'y attache avec une application remarquable de l'âme allant jusqu'à la réalisation. Qu'y a-t-il en effet d'aussi remarquable que de façonner ton âme de telle sorte que tu ne places ni les richesses ni les plaisirs ni les honneurs parmi les plus grands biens et que tu ne consumes pas en eux tout ton zèle ? Et lorsque tu seras ainsi disposé en ton âme, nécessairement tu penseras que ce beau, ce convenable doit être préféré, et tu y appliqueras ton esprit de telle sorte que tu ne seras pas affecté, leur étant pour ainsi dire supérieur , par tous les accidents qui d'ordinaire brisent les âmes, qu'il s'agisse de la perte du patrimoine ou d'une diminution de considération ou du dénigrement par les infidèles ; qu'enfin, les périls pour ta vie elle-même, encourus pour la justice, ne t'émouvront pas.

Tel est le vrai courage que possède l'athlète du Christ, qui « ne reçoit la couronne que s'il a combattu selon les règles ». Ou bien te paraît-il de peu de valeur, le précepte du courage : « La tribulation fait la patience, la patience la preuve de la vertu et la preuve l'espérance » ? Vois le nombre des combats, et unique est la couronne. Et ce précepte, celui-là seul le donne qui a été fortifié dans le Christ Jésus et dont la chair ne connaissait pas de repos. De toutes parts l'accablement : « au dehors les conflits, à l'intérieur les craintes ». Et quoique placé dans les dangers, dans les peines les plus nombreuses, dans les prisons, dans les périls de mort, toutefois, en son âme, il n'était pas brisé, mais il se battait à ce point qu'il devenait plus fort que ses propres faiblesses.

Aussi observe de quelle manière, à ceux qui accèdent aux devoirs des charges d'Église, il enseigne qu'ils doivent avoir le dédain des choses humaines : « Si donc vous êtes morts avec le Christ aux éléments de ce monde, pourquoi, comme si vous étiez vivants, jugez-vous encore de ce monde en disant : ne touchez pas, ne vous souillez pas, ne goûtez pas, en parlant de choses qui vont toutes à la corruption par leur usage même » ? Et ensuite : « Si donc vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez les choses d'en haut ». Et de nouveau : « Mortifiez donc vos membres qui sont sur terre ». Et assurément il adresse ces préceptes jusqu'ici à tous les fidèles, mais à toi, mon fils , il conseille le mépris de la richesse, l'éloignement aussi des fables profanes, dignes de vieilles femmes, ne permettant rien si ce n'est ce qui peut t'exercer à la piété, car l'exercice corporel n'est d'aucune utilité, « tandis que la piété est utile à tout ».

Que la piété t'exerce donc à la justice, à la maîtrise de soi, à la douceur, de façon à éviter les errements de la jeunesse ; à engager, affermi et enraciné dans la grâce, le bon combat de la foi ; à ne pas t'embarrasser des affaires du monde, parce que tu sers Dieu. Et en effet si ceux qui servent l'empereur se voient interdire par des lois humaines les charges des procès, l'action des procédures judiciaires, la vente de marchandises, combien plus celui qui exerce le service de la foi, doit-il s'abstenir de toute pratique du commerce, se trouvant satisfait des revenus de son petit coin de terre, s'il en possède, et s'il n'en possède pas, du revenu de ses émoluments ? Car il est un bon témoin, celui qui peut dire : « J'ai été jeune et j'ai vieilli ; je n'ai pas vu le juste abandonné, ni sa descendance à la recherche de pain ». Telles sont en effet la tranquillité de l'âme et la tempérance : ni l'ardeur de la recherche ne les affecte, ni la crainte de l'indigence ne les angoisse.