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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Et en revanche personne ne doit, par veulerie, lâcher pied et déserter la foi par crainte du péril. Et telle est la fin à laquelle l'âme doit être préparée, l'esprit exercé et soutenu en vue de la constance, que l'âme ne puisse être bouleversée par aucune épouvante, être brisée par aucun accablement, et lâcher pied sous l'effet d'aucun supplice. Maux, certes, que l'on supporte difficilement, mais parce que tous les supplices sont vaincus par la terreur de supplices plus rigoureux, pour ce motif, si tu affermis ton âme par la réflexion, estimes ne pas devoir abandonner la raison et gardes à l'esprit la crainte du jugement de Dieu, les tourments du supplice éternel, ton âme est capable de subir l'épreuve d'endurance.

II appartient donc au zèle que l'on se prépare de cette manière, mais il appartient à l'intelligence que l'on puisse prévoir l'avenir par la vigueur de la pensée, se mettre pour ainsi dire devant les yeux ce qui peut arriver, et déterminer ce qu'on doit faire s'il en arrive ainsi ; parfois retourner dans son esprit deux et trois éventualités en même temps, dont on conjecture que l'une ou toutes ensemble peuvent arriver, et régler en vue de l'une ou de l'ensemble, les actes dont on comprend qu'ils seront profitables.

II appartient donc à l'homme courageux de ne pas manquer d'attention lorsque quelque danger menace, mais de faire face et pour ainsi dire de découvrir, de l'espèce d'observatoire qu'est l'esprit, et de prévenir par une réflexion prévoyante les dangers à venir, afin de ne pas dire, d'aventure, par la suite : « Je suis tombé dans ces maux, pour la raison que je ne pensais pas qu'ils pouvaient arriver ». Car si les maux ne sont pas découverts, rapidement ils envahissent ; de même qu'à la guerre, l'ennemi qu'on n'a pas prévu est contenu avec peine et, s'il rencontre des adversaires non préparés, les écrase facilement, de même les maux qui n'ont pas été découverts brisent l'âme davantage.

Telles sont donc les deux qualités où réside cette excellence de l'âme : d'abord que ton âme exercée par de bonnes réflexions voie d'un cœur pur ce qui est vrai et beau : « Bienheureux en effet ceux qui ont le cœur pur, car eux-mêmes verront jusqu'à Dieu », et juge comme le seul bien ce qui est beau ; ensuite qu'elle ne soit bouleversée par aucun accaparement, ballottée par aucune convoitise.

Et personne en vérité ne fait cela facilement. Qu'y a-t-il en effet d'aussi difficile que d'examiner, comme de quelque citadelle de sagesse, la puissance et tous les autres biens qui paraissent à la plupart des hommes grands et très élevés ? ensuite de confirmer ton jugement d'une manière durable et, ce que tu as jugé sans valeur, de le mépriser comme ne devant être utile à rien ? ensuite si quelque malheur arrive — et qu'on l'estime écrasant et cruel — de le porter en pensant que rien n'est arrivé contre l'ordre de la nature, puisque tu as lu : « Nu je suis né, nu je m'en irai. Ce que le Seigneur a donné, le Seigneur l'a enlevé » — et en tout cas Job avait perdu ses enfants et ses moyens d'existence — et de conserver en toutes choses l'attitude du sage et du juste, comme celui-là la conserva qui dit : « Comme il a plu au Seigneur, ainsi a-t-il été fait ; que le nom du Seigneur soit béni » ; et plus loin : « Tu as parlé comme l'une des femmes écervelées : Si nous avons accepté les biens de la main du Seigneur, quand il s'agit de maux, nous ne les supportons pas » ?