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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ainsi donc si quelqu'un maintient l'égalité du caractère dans tout l'ensemble de la vie, la mesure en chacune des actions et aussi l'ordre, et s'il conserve la constance dans les propos et dans les œuvres ainsi que la modération, ce convenable prédomine dans sa vie et brille comme en une sorte de miroir.

Que s'y ajoute cependant la douceur de la conversation, afin de se concilier l'affection des auditeurs et de se montrer agréable envers ses amis ou ses concitoyens ou, si faire se peut, tous les hommes. Qu'il ne se présente ni comme un flatteur ni comme un homme à flatter par personne. La première attitude en effet relève de l'astuce, la seconde de la vanité.

Qu'il ne méprise pas ce qu'un chacun et surtout l'excellent homme pense de lui ; de cette manière en effet il apprend à accorder du respect aux gens de bien. De fait, ne pas se soucier des jugements des gens de bien relève ou de l'arrogance ou du laisser-aller ; or la première attitude s'inscrit au compte de l'orgueil, la seconde à celui de la désinvolture.

Qu'il prenne garde aussi aux mouvements de son âme ; sa propre personne en effet doit être observée et examinée par soi, et de même qu'elle doit se garder contre soi, de même aussi doit-elle veiller sur soi. Il existe en effet des mouvements de l'âme, dans lesquels il y a ce désir qui, comme par une sorte d'élan, jaillit ; d'où son nom grec ???? , parce que par une sorte de force qui s'insinue, il se jette en avant. Il y a dans ces mouvements une sorte de force, qui n'est pas de peu d'importance, de l'âme et de la nature ; cette force toutefois est double, se trouvant d'une part dans le désir, de l'autre dans la raison dont le rôle est de retenir le désir, de le rendre obéissant à soi, de le mener où elle veut, et, comme par un enseignement attentif, de lui apprendre ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter, de telle sorte qu'il se soumette à ce bon dresseur .

Nous devons être attentifs en effet à ne conduire aucune entreprise à la légère ou sans soin , ou absolument aucune dont nous ne puissions fournir une raison « probable ». La cause en effet de notre action, bien que l'on n'en rende pas compte à tous, est cependant examinée par tous ; et nous n'avons pas en vérité de quoi nous puissions nous excuser : car bien qu'il y ait une sorte de force de la nature en tout désir, cependant le désir, en même temps, a été soumis à la raison par la loi de la nature elle-même et lui obéit. Aussi est-ce le fait d'un homme qui exerce une bonne surveillance de faire effort en son âme de telle sorte que le désir ni ne devance la raison ni ne la délaisse, de peur qu'en la devançant il ne la trouble et ne la repousse, qu'en la délaissant il ne l'abandonne. Le trouble supprime la constance, l'abandon révèle l'apathie, dénonce la paresse-Une fois l'âme troublée en effet, le désir se répand plus largement et plus loin, et, comme sous l'effet d'un élan sauvage, il ne supporte plus les rênes de la raison et ne sent plus aucuns commandements du cocher qui puissent le ramener. Aussi, bien souvent, non seulement l'âme s'inquiète et la raison se perd, mais encore le visage s'enflamme ou de colère ou de passion, pâlit d'effroi, ne se tient pas de plaisir, est transporté d'une joie excessive .

Quand cela se produit, on abdique cette sorte de censure naturelle et le sérieux du caractère ; et l'on ne peut tenir cette vertu qui, dans la conduite des affaires et dans les projets, peut seule maintenir l'autorité que l'on a et ce qui convient — la constance .

Or un désir particulièrement puissant naît de l'excessive irritation qu'allumé très souvent le ressentiment de l'injure reçue. A ce sujet, nous instruisent suffisamment les préceptes du psaume que nous avons placé dans le préambule ; or il s'est bien trouvé aussi que, sur le point d'écrire sur Les devoirs, nous usions de cette affirmation de notre préambule qui, elle-même aussi, concernait l'enseignement du devoir .

Mais parce que précédemment, comme il le fallait, nous avons effleuré la question de savoir comment un chacun peut prendre garde à ne pas se laisser emporter par l'injure reçue — nous craignions que le préambule ne devînt trop long — je pense que maintenant il faut en disserter plus abondamment. Le lieu est en effet opportun, pour dire à propos du rôle de la tempérance, comment on réprime la colère .