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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Vient ensuite la réponse à cette question de savoir, puisque Dieu ne laisse pas échapper le souci de son oeuvre, si la connaissance de cette oeuvre lui échappe. Ainsi donc : « Celui qui a planté l'oreille, n'entend pas ? Celui qui a modelé l'oeil, ne voit pas, ne regarde pas ?»

Cette opinion inconsistante n'a pas échappé aux saints prophètes. Ainsi David fait parler ceux qu'il affirme gonflés d'orgueil. Qu'y a-t-il en effet d'aussi orgueilleux, alors qu'ils sont eux-mêmes au pouvoir du péché, que de supporter avec indignation que vivent d'autres pécheurs, lorsqu'ils disent : « Jusques à quand les pécheurs, Seigneur, jusques à quand les pécheurs seront-ils glorieux ? , » Et ensuite : « Et ils ont dit : le Seigneur ne verra pas et le Dieu de Jacob ne se rend pas compte. » Mais le prophète leur répondit en disant : « Rendez-vous compte maintenant, insensés parmi le peuple ; imbéciles, comprenez enfin. Celui qui a planté l'oreille, n'entend pas ? Celui qui a modelé l'oeil, ne regarde pas ? Celui qui corrige les nations, ne réprimande pas, lui qui enseigne la science à l'homme ? Le Seigneur sait que les pensées des hommes sont inconsistantes. » Celui qui saisit tout ce qui est inconsistant, ne connaît pas ce qui est saint, et ignore ce que lui-même a fait ? L'artisan peut-il ignorer son propre ouvrage ? Il est homme et il saisit dans son ouvrage ce qui est caché. Et Dieu ne connaît pas son ouvrage ? Plus grande est donc la profondeur dans l'ouvrage que dans l'auteur : il a fait un être qui le dépasserait, dont, auteur, il ignorerait le mérite, dont, juge, il ne connaîtrait pas les dispositions. Voilà ce que David répondait à ces hommes.

Au reste, le témoignage nous suffit de celui-là même qui dit : « Je suis celui qui sonde les coeurs et les reins. » Et dans l'Évangile, ce que dit le Seigneur Jésus : « Pourquoi ces pensées mauvaises dans vos coeurs ? » II savait en effet qu'ils avaient des pensées mauvaises. L'évangéliste l'atteste ensuite en disant : « Jésus en effet savait leurs pensées. »

L'opinion de ces hommes ne pourra suffire pour nous émouvoir, si nous examinons leurs actes. Ils ne veulent pas qu'il y ait au-dessus d'eux un juge auquel rien ne peut échapper, ils ne veulent pas lui accorder la connaissance de leurs secrets, eux qui craignent que leurs secrets ne soient dévoilés. Mais aussi bien le Seigneur qui connaît leurs oeuvres, les a livrés aux ténèbres : « C'est dans la nuit, dit-il, que sera le voleur. Et l'oeil de l'adultère guettera les ténèbres en disant : l'oeil ne m'a pas vu, et il a mis un voile sur son visage. » Tout homme en effet qui fuit la lumière, chérit les ténèbres , dans son désir de rester caché, bien qu'il ne puisse rester caché à Dieu qui, au-dedans des tréfonds de l'abîme et au-dedans des âmes des hommes, sait non seulement ce que l'on a fait, mais encore ce que l'on médite. Enfin celui qui dit dans l'Ecclésiastique : « Qui me voit ? Les ténèbres et les murs m'abritent, qui craindre ? », bien qu'il agite ces pensées étendu sur son lit, il est saisi là où il ne l'avait pas escompté. « Et, dit l'Écriture, ce sera la honte pour n'avoir pas compris la crainte de Dieu . »

Or qu'y a-t-il d'aussi stupide que d'escompter que quelque chose échappe à Dieu, alors que le soleil, qui est serviteur préposé à la lumière, pénètre même les lieux cachés et que la puissance de sa chaleur s'introduit dans les fondations de la maison ou dans les appartements secrets ? Qui nierait que la douceur du printemps ne réchauffe les entrailles de la terre que le froid de l'hiver a durcie ? Ainsi donc la vie secrète des arbres connaît la puissance de la chaleur ou du froid, à ce point que leurs racines, ou bien sont brûlées par le froid, ou bien reprennent force sous la chaleur du soleil. Enfin lorsqu'à souri la douceur du ciel, la terre se répand en fruits variés ".

Si donc un rayon du soleil répand sa lumière sur toute la terre et l'introduit dans ce qui est clos, et si verrous de fer ou barres de lourdes portes ne l'empêchent pas de pénétrer, comment l'éclat de l'intelligence divine ne pourrait-il s'introduire dans les pensées des hommes et dans les cœurs qu'il a lui-même créés ? Mais ne voit-il pas ces cœurs qu'il a lui-même faits, et a-t-il fait que ces cœurs, qu'il a faits, soient meilleurs et plus puissants qu'il n'est lui-même qui les a faits, au point de pouvoir, quand ils le veulent, échapper à la connaissance de leur ouvrier ? Ainsi donc il a introduit dans nos âmes une force et un pouvoir si grands que lorsqu'il veut en avoir l'intelligence, lui-même ne le peut pas ?