Nous avons résolu deux objections et, à mon avis, il n'était point mal venu que nous échut une discussion de cette sorte. Reste, en cette sorte de problème, la troisième objection : pourquoi les pécheurs regorgent-ils de puissance et de richesses, festoient-ils continuellement, sans tristesse ni deuil, tandis que les justes vivent dans l'indigence et sont affectés par la perte de leur conjoint ou de leurs enfants ? Aux tenants de l'objection cette parabole de l'Évangile aurait dû suffire : le riche était vêtu de lin fin et de pourpre, et tenait chaque jour des festins plantureux, tandis que le pauvre, couvert d'ulcères, recueillait les reliefs de sa table. Mais après la mort de l'un et de l'autre, le pauvre était dans le sein d'Abraham, en possession du repos, tandis que le riche était dans les tourments. N'est-il pas évident que nous attendent après la mort les récompenses ou les tourments dus à nos mérites ?
Et à juste titre : pendant le combat, il y a la peine, mais après le combat la victoire pour les uns, la honte pour les autres. Est-ce que par hasard, avant l'achèvement de la course, on donne à quelqu'un la palme, on lui confère la couronne ? Paul dit avec raison : « J'ai combattu le bon combat, j'ai terminé ma course, j'ai gardé la foi. Pour le reste, la couronne de justice m'est réservée, que le Seigneur me remettra en ce jour-là, lui, le juste juge, et pas seulement à moi, mais encore à ceux qui chérissent son avènement . » C'est en ce jour-là, dit-il, qu'il la remettra, et non pas ici-bas. Or ici-bas, au milieu des peines, au milieu des dangers, au milieu des naufrages, comme un bon athlète, il combattait ; car il savait que c'est à travers de nombreuses tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. Ainsi donc personne ne peut recevoir de récompense s'il n'a combattu régulièrement , et il n'est de glorieuse victoire, que là où furent de pénibles combats.