II m'a plu de m'arrêter assez longtemps sur les questions relatives à la modestie, parce que je m'adressais à vous qui, ou bien reconnaissez; de vous-mêmes ses bienfaits, ou bien ignorez les dommages qu'elle peut subir. Mais bien qu'elle soit appropriée à tous les âges, à toutes les personnes, à tous les temps et à tous les lieux, cependant elle convient surtout aux années de jeunesse et de maturité.
Or à tout âge il faut respecter la convenance dans ce que l'on fait, l'harmonie et l'équilibre interne dans l'ordre de sa vie. C'est pourquoi Tullius pense que même l'ordre doit être respecté dans le convenable, et il dit que celui-ci consiste dans « la beauté formelle, l'ordre, la disposition appropriée à l'action », choses dont il affirme qu'il est difficile, en s'exprimant, de pouvoir les expliquer et que pour cette raison il suffit qu'on les comprenne.
Mais pourquoi a-t-il fait place à la beauté formelle, je ne le comprends pas, bien que, même cet auteur fasse l'éloge des forces du corps. Pour nous, assurément, nous ne plaçons pas dans la beauté du corps le siège de la vertu ; cependant nous n'excluons pas l'agrément, car la modestie, d'ordinaire, répand la pudeur sur les visages eux-mêmes et les rend plus agréables. De même en effet que l'artisan travaille généralement mieux sur une matière plus appropriée, de même la modestie ressort-elle davantage, jointe au charme lui-même du corps ; à condition toutefois que même ce charme du corps ne soit pas affecté, mais naturel, simple, non apprêté plutôt que recherché, servi par des vêtements non point précieux et éclatants mais ordinaires, en sorte que rien ne manque à la beauté morale ou à la nécessité, mais que rien ne s'y ajoute pour l'élégance.
Que la voix elle-même ne soit pas molle, ni maniérée, n'offrant rien d'efféminé dans le ton, telle que beaucoup, sous couleur de sérieux, ont accoutumé de la contrefaire, mais qu'elle conserve un accent, une tonalité et un timbre virils. Maintenir en effet la beauté de la vie, consiste à offrir les traits qui conviennent à chaque sexe et à chaque personne ; tel est l'ordre le meilleur pour régler les attitudes, telle est la disposition appropriée à toute action. Mais de même que je n'approuve pas un ton de voix ou une attitude du corps amollis et maniérés, de même je ne les approuve pas non plus, grossiers et frustes. Imitons la nature : son image est la règle de la conduite, et le modèle de la beauté morale.