La modestie comporte assurément ses propres écueils, non pas qu'elle-même entraîne, mais que souvent elle heurte ; mais ne tombons pas dans la compagnie de gens intempérants qui, sous couleur de plaisir, inoculent le poison aux gens de bien. Ceux-ci se montrent-ils assidus, et surtout à banqueter, jouer et plaisanter, ils énervent leur rigueur virile. Aussi gardons-nous, tandis que nous voulons nous détendre l'esprit, de rompre toute l'harmonie, pour ainsi dire une sorte de concert des bonnes actions ; l'habitude en effet gauchit vite la nature.
Aussi estimez-vous avec sagesse qu'il convient aux clercs, et surtout, je pense, aux devoirs des ministres sacrés, d'éviter les festins à l'extérieur, ou bien pour que vous soyez vous-mêmes hospitaliers aux voyageurs ou bien pour que, grâce à cette précaution, il n'y ait aucune occasion de déshonneur. Le fait est que les festins à l'extérieur comportent des servitudes, d'autre part ils révèlent aussi la convoitise de la bonne chère. Des bavardages aussi s'y glissent fréquemment, sur le monde et les plaisirs ; fermer les oreilles, tu ne le peux ; quant à les interdire, c'est, juge-t-on, de l'orgueil. Les coupes s'y glissent, même indépendamment de la volonté ; mieux vaut, pour ta maison, refuser une fois pour toutes, que, pour celle d'autrui, refuser fréquemment ; et en admettant que tu te lèves de table sain d'esprit, cependant ta présence ne doit pas être condamnée du fait de l'insolence d'autrui.
II n'est pas besoin que les jeunes aillent dans les maisons des veuves et des vierges, si ce n'est pour les visiter ; et ce avec les anciens, c'est-à-dire avec l'évêque, ou bien, s'il y a un motif suffisamment grave, avec les prêtres. Quelle nécessité y a-t-il que nous donnions aux gens du monde matière à dénigrement ? Quel besoin y a-t-il que ces visites aussi, par leur fréquence, prennent de l'importance ? Qu'arrivera-t-il si d'aventure quelqu'une de ces femmes succombe ? Pourquoi encourir l'odieux de la chute d'autrui ? Combien d'hommes, même forts, la séduction féminine a-t-elle surpris? Combien, sans donner matière à une faute, l'ont donnée au soupçon ?
Pourquoi ne pas consacrer à la lecture ces moments où l'église te laisse libre ? Pourquoi ne pas revenir voir le Christ ? parler au Christ ? écoutez le Christ ? Nous lui parlons quand nous prions, nous l'écoutons quand nous lisons les paroles divines. Qu'avons-nous à faire avec les maisons d'autrui ? Il n'est qu'une seule maison qui rassemble tous les hommes ; qu'ils viennent plutôt vers nous, ceux-là qui nous recherchent. Qu'avons-nous à faire avec les bavardages ? Nous avons reçu mission de nous acquitter d'un ministère aux autels du Christ et non pas d'un hommage aux hommes .
II convient d'être humbles, il convient d'être doux, calmes, sérieux, patients, d'observer la mesure en toutes choses, afin que, soit le visage silencieux, soit la parole révèlent qu'il n'existe aucun défaut dans le caractère .