II existe de doubles mouvements de l'âme, ce sont les pensées et le désir : les uns sont les mouvements des pensées, les autres ceux du désir ; ils ne sont pas confondus mais distincts et différents. Les pensées ont pour fonction de rechercher le vrai et pour ainsi dire de le moudre, le désir pousse et excite à faire quelque chose. C'est pourquoi, par le genre même de leur nature, les pensées inspirent un calme tranquille, tandis que le désir suscite le mouvement de l'action. Ainsi donc nous avons été formés de telle sorte que la pensée de bons objets se présente à notre esprit, que le désir obéisse à la raison — si vraiment nous voulons faire porter l'attention de notre esprit à maintenir ce convenable — afin que l'attachement à quelque objet ne bannisse pas la raison, mais que la raison examine ce qui convient à la beauté morale.
Et puisque nous avons dit qu'il appartient au respect du convenable que nous sachions, dans les actes ou les paroles, quelle mesure observer ? or le bon ordre des paroles passe avant celui des actes ? la question du discours se divise en deux genres : l'entretien familier et l'exposé, en particulier l'examen portant sur la foi et la justice . Dans l'un et l'autre genres, il faut faire attention à ce que soit évitée toute passion, mais que le discours soit mené de manière douce et paisible, pleine de bienveillance et d'agrément, sans aucun outrage. Qu'il n'y ait pas, dans le discours familier, de tension opiniâtre ; celle-ci d'ordinaire soulève des questions oiseuses plutôt qu'elle n'apporte quelque chose d'utile. Que la discussion soit sans colère, la douceur sans amertume, l'avertissement sans dureté, l'exhortation sans brutalité. Et comme, dans tout acte de la vie, nous devons veiller à ceci, qu'un mouvement excessif de l'âme ne bannisse pas la raison, mais que nous gardions à la réflexion sa place, ainsi convient-il, même dans le discours, que l'on se tienne à cette règle de ne pas éveiller la colère ou la haine, de ne pas donner quelques signes de notre convoitise ou de notre apathie.
Ainsi donc que le discours de cette sorte s'attache surtout aux Écritures. Pourquoi en effet ? C'est qu'il nous faut de préférence parler de la meilleure manière de vivre, de l'encouragement à l'observance, du maintien de la règle de vie. Que le discours commence avec raison et finisse avec mesure. Le discours ennuyeux en effet provoque la colère. Or combien il est inconvenant, alors que toute conversation offre d'ordinaire un surcroît d'agrément, qu'elle offre un défaut qui choque !
L'exposé aussi, sur la doctrine de la foi, sur l'enseignement de la continence, sur l'examen de la justice, sur l'encouragement du zèle, ne sera pas toujours le même ; mais, selon la lecture qui se sera présentée, il nous faut l'entreprendre et, dans la mesure où nous le pouvons, le poursuivre : ni trop long ni vite interrompu, et qu'il ne laisse pas le dégoût ou ne révèle pas la paresse et la négligence ; le langage sera pur, simple, clair et net, plein de dignité et de gravité, sans rechercher l'élégance, mais sans renoncer à l'agrément.