TheoFonsAux sources de la foi

Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ainsi donc le bonheur existe même dans les souffrances que la vertu pleine de douceur réduit et arrête, étant pour elle-même abondamment pourvue de richesses intérieures de l'ordre de la conscience ou de la grâce. Moïse en effet n'avait pas peu de bonheur lorsque, entouré par la multitude des Egyptiens et enfermé par la mer, il eut trouvé, grâce aux mérites de sa pitié, un passage à pied à travers les flots, pour lui et le peuple de nos pères. Or quand fut-il plus courageux qu'en ce moment où, environné des pires dangers, il ne désespérait pas du salut, mais forçait la victoire?

Et Aaron ? Quand se crut-il plus heureux qu'au moment où il se tint debout entre les vivants et les morts, et arrêta la mort, en lui opposant la barrière de sa personne, afin qu'elle ne passât point des cadavres des morts aux troupes des vivants ? Pourquoi parler du jeune Daniel ? Il était si sage qu'au milieu des lions exaspérés par la faim, aucune épouvante de la cruauté des bêtes ne brisait son courage ; il était à ce point étranger à la crainte, qu'il pouvait manger sans redouter d'exciter par son exemple l'appétit des bêtes.

Elle existe donc, même dans la souffrance, la vertu qui s'offre à elle-même la douceur de la bonne conscience ; et pour cette raison elle fournit la preuve que la souffrance ne diminue pas le plaisir de la vertu. Ainsi donc, de même qu'il n'est pour la vertu aucune régression du bonheur du fait de la souffrance, de même encore il n'est pour elle aucune progression de ce bonheur du fait du plaisir du corps, ou à cause des avantages de la vie. Or sur ces sujets l'apôtre dit fort bien : « Ce qui était pour moi profits, j'ai estimé que c'était pertes à cause du Christ ». Et il ajouta : « A cause de lui j'ai estimé toutes choses comme préjudices, et les regarde comme ordures, afin de gagner le Christ ».

Moïse en outre pensa que les trésors des Egyptiens étaient sa ruine et il préféra l'opprobre de la croix du Seigneur. Il n'était pas riche au moment où il regorgeait d'argent, ni pauvre dans la suite où il était démuni de vivres. A moins par hasard qu'au jugement de quelqu'un, il fût moins heureux au moment où, dans le désert, la nourriture quotidienne lui manquait à lui et à son peuple ; mais ce que personne n'oserait nier comme étant le souverain bien et le souverain bonheur, la manne, c'est-à-dire « le pain des anges », lui était servie du Ciel ; grâce à une pluie quotidienne de viande également, il se trouvait, pour les repas de tout le peuple, dans l'abondance.

Au saint Elie aussi le pain manquait pour sa subsistance s'il en avait cherché, mais on le voyait ne pas en manquer parce qu'il n'en cherchait pas. Et c'est ainsi qu'un service quotidien de corbeaux apportait le pain le matin, et la viande le soir . Est-ce que par hasard il était moins heureux pour la raison qu'il était pauvre pour lui-même ? Pas du tout. Bien au contraire il était d'autant plus heureux qu'il était riche pour Dieu. Il vaut mieux en effet être riche pour les autres que pour soi, comme l'était cet Elie qui, en temps de famine, demandait de la nourriture à une veuve, bien qu'il fût sur le point de lui faire cette largesse : son pot de farine, au long de trois années et six mois, ne lui ferait pas défaut, et sa cruche d'huile suffirait à cette veuve sans ressources et fournirait ses besoins de chaque jour. C'est à juste tite que Pierre voulait être là où il voyait ces hommes. C'est à juste titre qu'ils apparurent dans la gloire avec le Christ sur la montagne, car le Christ aussi « s'est fait pauvre alors qu'il était riche».

La richesse n'offre donc aucun secours pour la vie heureuse. Ce que le Seigneur, de toute évidence, a montré dans l'Evangile en disant : « Heureux les pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Heureux ceux qui maintenant ont faim et soif, car ils seront rassasiés. Heureux vous qui maintenant pleurez, car vous rirez ». Ainsi donc, de la pauvreté, de la faim, de la souffrance - qu'on estime des maux - il a été proclamé de la façon la plus claire que non seulement elles ne sont pas un obstacle à la vie heureuse, mais qu'elles sont même une aide.