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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ce sont donc ces deux choses, l'amour et la confiance, qui font le plus pour nous recommander, et cette troisième chose : si tu as quelque qualité que la plupart des hommes estiment en toi digne d'admiration, et dont ils pensent qu'elle mérite d'être honorée.

Et parce que la pratique des conseils nous gagne au plus haut point les hommes, pour cette raison l'on souhaite en chacun la prudence et la justice, et c'est à cette fin qu'un grand nombre les attend, de donner sa confiance à celui qui les possède, dans la pensée qu'il peut fournir un conseil utile et digne de confiance à qui le souhaite. Qui en effet s'en remettrait à un homme qu'il ne jugerait pas plus sage que lui-même qui cherche conseil? Il est donc nécessaire que celui à qui on demande un conseil, soit plus remarquable que n'est celui qui le demande. Pourquoi en effet consulterais-tu un homme dont tu ne penses pas qu'il puisse découvrir quelque chose, mieux que ton intelligence elle-même ne le fait ?

Si donc on trouve un homme qui s'impose par la vitalité de son tempérament, par la vigueur et l'autorité de son esprit, et s'il s'ajoute à cela qu'un précédent et l'expérience l'aient particulièrement préparé, qu'il supprime les périls du moment, prévoie ceux de l'avenir, révèle ceux qui menacent, qu'il débrouille la question, y porte remède en son temps et qu'il soit préparé non seulement pour conseiller mais encore pour secourir, à cet homme la confiance est acquise en telle sorte que celui qui demande son conseil déclare : « Et si des maux m'arrivent par lui, je les assume ».

C'est donc à un homme de ce genre, qui soit, comme je l'ai dit tout à l'heure, juste et prudent, que nous confions notre salut et notre réputation. Sa justice, bien sûr, fait qu'on n'a aucune crainte de tromperie; sa prudence en outre, fait qu'on n'a aucun soupçon d'erreur. Toutefois nous nous confions plus vite à un homme juste qu'à un homme prudent, pour m'exprimer suivant l'usage de la foule. Car, d'après la définition des sages, en celui qui possède une seule vertu, toutes les autres se rassemblent et, sans justice, il ne peut y avoir de prudence. Ce que nous trouvons même chez nos auteurs. David dit en effet : « Le juste s'apitoie et prête ». Il dit ailleurs ce que prête le juste : « Agréable est l'homme qui s'apitoie et prête, il dispense ses propos avec jugement ».

Lui-même, ce fameux jugement de Salomon, n'est-il pas plein de sagesse et de justice ? Examinons donc s'il en est ainsi. Deux femmes, dit l'Écriture, se tinrent en présence du roi Salomon et l'une de lui dire : Écoute-moi Seigneur. Cette femme et moi habitions dans une même chambre ; il y a deux jours, nous avons accouché et avons eu chacune un fils ; nous étions ensemble, il n'y avait aucun témoin chez nous et aucune autre femme avec nous, nous étions seules ; son fils est mort cette nuit, vu qu'elle s'est endormie sur lui ; elle s'est levée au milieu de la nuit, elle a pris mon fils dans mon giron, l'a placé dans le sien et a placé son fils mort auprès de moi. Je me suis levée ce matin pour allaiter le petit, et je l'ai trouvé mort ; je l'ai examiné au jour naissant : ce n'était pas mon fils. L'autre de répondre : Non, celui qui vit est mon fils, tandis que celui qui est mort est le tien .

Telle était la dispute : l'une et l'autre revendiquaient comme fils le survivant, quant au mort, elles refusaient de le reconnaître comme leur. Alors le roi ordonna d'apporter une épée, de partager l'enfant et de donner une partie à chacune : moitié à l'une, moitié à l'autre. La femme qu'avait bouleversée le véritable instinct maternel s'écrie : Ne partage l'enfant, à aucun prix, Seigneur, qu'il soit plutôt donné à cette femme et qu'il vive, ne le tue pas. Cette autre au contraire de répondre : Que l'enfant ne soit ni à elle ni à moi, partagez-le. Le roi décida de donner l'enfant à la femme qui avait dit : Ne le tuez pas, mais donnez-le à cette femme, parce que. dit-il, ses entrailles se sont émues sur son propre fils.

Aussi ce ne fut pas sans raison qu'on estima que « l'intelligence de Dieu était en lui ». Car quelles choses sont cachées à Dieu ? Or qu'y a-t-il de plus caché que le témoignage tiré du tréfonds des entrailles ? En ces entrail-les, l'intelligence du sage descendit, comme une sorte de juge de l'affection, et elle mérita d'entendre comme une sorte de voix du sein maternel, en laquelle s'épouvanta l'instinct d'une mère, au point de choisir que son fils vécût, fût-ce chez une étrangère, plutôt que d'être tué sous le regard de sa mère .

IL appartenait donc à la sagesse de discerner les secrets des consciences, de faire sortir des choses cachées la vérité, et comme avec une sorte d'épée, de traverser du glaive de l'esprit, non seulement les entrailles du sein maternel, mais encore celles de l'âme et de la pensée. Il appartenait aussi à la justice que celle qui avait tué son fils, n'enlevât pas celui d'une autre, mais que la véritable mère recouvrât son enfant. C'est ainsi que même l'Écriture a déclaré ceci : « Tout Israël, dit-elle, a entendu ce jugement que le roi a porté, et l'on craignit le visage du roi, pour la raison que l'intelligence de Dieu était en lui pour accomplir la justice ». Ainsi Salomon en personne demanda la sagesse en sorte que lui fût donné un cœur avisé pour écouter et juger avec justice.