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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Il en résulte donc la conclusion que l'homme, qui a été formé selon la directive de la nature, pour obéir à soi-même, ne saurait nuire à autrui ; que, si quelqu'un nuit, c'est à la nature qu'il porterait atteinte; et que l'avantage qu'il penserait obtenir, n'est pas aussi grand que le désavantage qui, de ce fait, lui adviendrait. Quel châtiment plus grave en effet que la blessure de la conscience intime ? Quel jugement plus sévère que le jugement privé où chacun est son propre accusé et se reproche d'avoir, d'une manière indigne, fait tort à son frère ? Ce que l'Ecriture fait valoir de façon pas banale, en disant : « C'est de la bouche des sots que sort le bâton de l'outrage ». La sottise est donc condamnée parce qu'elle fait outrage. Cela n'est-il pas plus à éviter que la mort, que la perte d'argent, que le dénuement, que l'exil, la souffrance de l'infirmité ? Qui en effet ne tiendrait un mal du corps ou la ruine du patrimoine pour choses de moins d'importance qu'un mal de l'âme et la perte de la considération ?

II est donc clair que tous doivent avoir en vue et tenir ceci, que l'utilité de chacun soit la même que celle de l'ensemble, et qu'il ne faille rien estimer utile qui ne soit profitable de manière générale. Comment peut-il en effet y avoir de profit pour un seul? Ce qui est inutile à tous, es nuisible. Il ne me paraît assurément pas que celui qui est inutile à tous, puisse être utile à soi-même. Et en effet s'il est une seule loi de la nature pour tous et une seule utilité, évidemment, de l'ensemble, nous sommes contraints par la loi de la nature de prendre soin, évidemment, de tous. Il n'appartient donc pas à celui qui veut qu'on prenne soin d'autrui, conformément à la nature, de lui nuire, à l'encontre de la loi de la nature.

Et en effet, ceux qui courent pour le stade , sont, d'après la tradition, formés par des préceptes et éduqués de telle sorte que chacun rivalise de vitesse, non pas de ruse, et se hâte à la course, autant qu'il le peut, vers la victoire, mais sans oser faire un croc-en-jambe à autrui ou le repousser de la main. Combien plus, dans cette course qu'est la vie présente, devons nous, sans ruse à l'égard d'autrui et sans tricherie, remporter la victoire.

Certains demandent, au cas où le sage, pris dans un naufrage, pourrait arracher une planche à un naufragé, s'il devrait le faire ? Pour moi, assurément, bien qu'il paraisse plus avantageux pour l'intérêt général, que le sage réchappe du naufrage, plutôt que l'insensé, cependant il ne me paraît pas qu'un homme qui est chrétien, juste et sage, doive rechercher sa propre vie au prix de la mort d'autrui ; comme il est naturel pour un homme qui ne peut, même s'il rencontre un brigand armé, frapper en retour qui le frappe, de peur qu'en défendant son salut, il n'offense la charité. A ce sujet, il est dans les livres de l'Evangile une maxime claire et évidente : « Rengaine ton glaive : tout homme en effet qui se sera servi du glaive, sera frappé du glaive ». Quel brigand fut plus abominable que le persécuteur qui était venu pour tuer le Christ ? Mais le Christ ne voulut pas être défendu au prix d'une blessure de ses persécuteurs, lui qui voulut guérir tous les hommes au prix de sa propre blessure.

Pourquoi en effet te jugerais-tu supérieur à autrui, alors qu'il appartient à l'homme qui est chrétien, de préférer autrui à soi-même, de ne rien s'attribuer à soi-même, de ne s'attirer aucun honneur à soi-même, de ne pas réclamer la récompense de son propre mérite ? Ensuite, pourquoi ne prendrais-tu pas l'habitude de supporter un désavantage plutôt que d'arracher l'avantage d'autrui ? Qu'y a-t-il d'aussi opposé à la nature que de ne pas être satisfait de ce que tu as , de rechercher les biens d'autrui, de convoiter vilainement ? Car si la beauté morale est conforme à la nature — Dieu fit toutes choses en effet parfaitement bonnes — la laideur assurément lui est contraire. Il ne peut donc y avoir d'accord entre la beauté morale et la laideur, puisque ces réalités ont été séparées l'une de l'autre par la loi de la nature.