TheoFonsAux sources de la foi

Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ainsi donc en toutes choses, la loyauté est bienséante, la justice agréable, la mesure de l'équité plaisante. Pourquoi parler de tous les autres contrats et surtout de l'achat de biens immeubles ou bien des transactions et des pactes ? N'existe-t-il pas des règles stipulant que la fraude est exclue et que celui dont la fraude aura été découverte, sera soumis à une double réparation ? Ainsi donc partout la considération de la beauté morale l'emporte qui proscrit la fraude, rejette la tromperie. Aussi David a-t-il énoncé à bon droit, de façon générale, sa pensée en disant : « Et il n'a pas fait de mal à son prochain ». C'est pourquoi non seulement dans les contrats — en lesquels on ordonne de révéler jusqu'aux défauts des biens qui sont vendus ; et si le vendeur ne les a pas déclarés, le vendeur eut-il transféré ces biens en la propriété de l'acheteur, les contrats sont nuls par l'effet de la fraude — mais encore de façon générale en toutes choses, la fraude doit être exclue : il faut étaler la franchise, déclarer la vérité.

Or cette ancienne, je ne dis pas règle des juristes, mais pensée des patriarches sur la fraude, la divine Ecriture l'a visiblement exprimée dans le livre de l'Ancien Testament qui s'intitule Livre de Josué. En effet le bruit s'étant répandu à travers les nations que la mer avait été asséchée au passage des Hébreux, que l'eau avait coulé de la pierre , que, venue du ciel, une nourriture quotidienne était servie en abondance pour tant de milliers d'hommes du peuple d'Israël, que s'étaient écroulés les murs de Jéricho, ébranlés par le son des trompettes sacrées et par le choc du cri de guerre du peuple, que le roi de Gat aussi avait été vaincu et pendu au gibet jusqu'au soir, les Gabaonites, redoutant une troupe solide, vinrent en feignant par ruse, d'être originaires d'une terre lointaine, d'avoir au cours d'un long voyage, déchiré leurs chaussures, usé les surtouts qui couvraient leurs vêtements, dont ils montraient les signes de vétusté : or, disaient-ils, la raison d'une si grande fatigue était leur désir d'obtenir la paix et d'entrer en relations d'amitié avec les Hébreux ; et ils se mirent à solliciter Josué de constituer avec eux une alliance. Et parce qu'il était encore dans l'ignorance des lieux et n'était pas informé sur leurs habitants, il ne reconnut pas leurs tromperies et ne consulta pas Dieu, mais les crut aisément .

La loyauté chez les Hébreux était à ce point sacrée en ces temps, qu'ils ne croyaient pas que des gens pussent tromper. Qui reprocherait cela aux saints qui jugent tous les autres d'après leur propre disposition d'âme ? Et parce qu'ils ont la vérité pour amie, ils pensent que personne ne ment, ils ignorent ce que c'est que tromper, ils croient volontiers ce qu'ils sont eux-mêmes et ne peuvent avoir le soupçon de ce qu'ils ne sont pas. D'où le mot de Salomon : « L'innocent croit à toute parole ». Il ne faut pas blâmer leur confiance, mais louer leur bonté. Ignorer ce qui peut nuire, c'est cela être innocent : fut-il circonvenu par quelqu'un, néanmoins il a de tous bonne opinion, celui qui estime que la loyauté existe chez tous.

Ainsi donc cette générosité de son âme l'inclinant à les croire, Josué arrangea une convention, accorda la paix, constitua une alliance. Mais quand on arriva sur leurs terres, la tromperie fut découverte, en ce que, alors qu'ils étaient voisins, ils ont feint qu'ils étaient étrangers ; le peuple des pères se mit donc à s'indigner de qu'il avait été circonvenu. Josué cependant n'estima pas devoir revenir sur la paix qu'il avait accordée, parce qu'elle avait été constituée sous la foi sacrée du serment ; il ne voulait pas, en dénonçant la déloyauté d'autrui, manquer lui-même à la loyauté. Il les punit cependant en les soumettant à un fort vil service. Sentence d'une fort grande douceur, mais d'une fort longue durée : le châtiment de la vieille supercherie demeure en effet par les devoirs qu'il impose, étant représenté par un service héréditaire jusqu'à ce jour.