Pour moi, je ne relèverai pas, dans l'accès aux héritages, les claquements de doigts et les danses du légataire tout nu — car ce sont choses qui sont connues jusque dans la foule — ni non plus les ressources apprêtées d'un simulacre de pêche afin d'allécher les dispositions de l'acheteur. Pourquoi en effet s'est-il trouvé si amateur de profusion et de plaisirs qu'il fut victime d'une tromperie de cette sorte ?
Quelle raison y a-t-il pour moi de traiter de ce coin agréable et retiré, à Syracuse, et de l'astuce de cet homme de Sicile ? Il avait trouvé quelque étranger et ayant appris qu'il était en quête de jardins à vendre, il le pria à dîner dans ses jardins ; l'invité accepta, vint le lendemain ; il y tomba sur une grande foule de pêcheurs, sur un festin abondamment garni de mets recherchés, et, à la vue des convives, aménagée devant les jardins, sur des pêcheurs, là où jamais auparavant ils ne jetaient leurs filets : chacun à l'envi offrait aux dîneurs ce qu'il avait pris; les poissons étaient apportés sur la table, fouettaient en sautant la figure des banqueteurs. L'hôte de s'étonner d'une si grande abondance de poissons et du nombre de si grandes barques. On répond à sa question qu'il y a là une pièce d'eau, qu'à cause de l'eau douce les poissons s'y rassemblent innombrables. Bref, l'homme amène son hôte à lui arracher ses jardins : voulant vendre il se fait contraindre, avec peine il en reçoit le prix.
Le jour suivant, l'acheteur vient aux jardins avec des amis, ne trouve aucun bateau. Quand il s'enquiert pour savoir si par hasard il y avait, ce jour-là, quelque fête chômée pour les pêcheurs, on lui répond que non et qu'ils n'ont jamais l'habitude, à l'exception du jour précédent, de pêcher là. Quelle autorité a-t-il pour dénoncer la fraude, celui qui a pu saisir l'appât si laid des plaisirs ? Celui en effet qui accuse autrui de péché, doit être lui-même exempt de péché. Je n'en appellerai donc pas à des balivernes de ce genre pour appuyer sur ce point l'autorité de la censure de l'Église qui, d'une manière générale, condamne toute recherche d'un vilain profit et, avec la brièveté condensée de sa parole, proscrit la légèreté et la ruse.
Car pourquoi parlerais-je de celui qui, se fondant sur un testament que d'autres, sans doute, ont fait, mais que lui sait faux cependant, revendique pour soi un héritage ou un legs et cherche à tirer profit de la faute d'autrui, alors que même les lois publiques punissent comme coupable d'un forfait celui qui use sciemment d'un faux testament ? Or la règle de la justice est claire : ce qui s'écarte du vrai ne convient pas à l'homme de bien, et aussi, d'infliger un dommage injuste à personne, ni non plus ajouter quelque fraude ou arranger quelque tromperie.
Quoi de plus manifeste que l'épisode d'Ananie ? Lui qui trompa sur le prix de son champ que lui-même avait vendu, et déposa aux pieds des apôtres une partie du prix comme étant le montant de la somme totale, il périt en qualité de coupable d'une tromperie, Il lui eût été permis, bien sûr, de ne rien offrir et il l'eût fait sans tromperie. Mais parce qu'il y mêla la tromperie, il ne remporta pas la gratitude pour sa générosité, mais acquitta le châtiment pour sa supercherie.
Le Seigneur aussi, dans l'Evangile, repoussait ceux qui s'approchaient de lui avec des dispositions de fraude, en leur disant : « Les renard ont des tanières », parce qu'il nous ordonne de vivre dans la simplicité du cœur et l'innocence. David également déclare : « Comme un rasoir effilé tu as accompli la fraude », accusant le traître de malice, du fait qu'un instrument de ce genre est employé pour la toilette de l'homme et bien souvent l'écorche. Il s'agit donc du cas où quelqu'un donne l'apparence de la faveur et ourdit la fraude, à l'exemple du traître, pour livrer à la mort celui qu'il devrait protéger; on en juge d'après la comparaison de cet instrument qui blesse, d'ordinaire, par la faute d'un esprit enivré et d'une main hésitante. De même, cet homme, enivré du vin de la méchanceté, livra-t-il à la mort par une dénonciation traîtresse et fatale, le prêtre Ahimelech du fait qu'il avait reçu, au titre de l'hospitalité, le prophète que le roi persécutait, enflammé par les brandons de l'envie.