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Les Devoirs des ministres

OFFM · Ambroise de Milan · 391 · FR · 550 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ainsi donc il faut que les dispositions de l'âme soient pures et sincères, afin que chacun énonce une parole sans détours, maintienne son corps dans la sainteté, qu'il ne séduise pas son frère par la duperie des mots, qu'il ne promette rien qui ne soit pas beau, et s'il a promis, il serait plus supportable de ne pas accomplir la promesse, que d'accomplir ce qui serait laid.

Souvent bien des gens se lient eux-mêmes par l'engagement d'un serment, et quand eux-mêmes ont appris qu'il n'aurait pas fallu promettre, cependant, par considération de l'engagement, ils accomplissent ce qu'ils ont garanti ; comme plus haut nous l'avons écrit au sujet d'Hérode qui promit vilainement une récompense à une danseuse et s'acquitta cruellement : vilaine chose que de promettre un royaume pour une danse ; cruelle chose que d'accorder la mort d'un prophète pour le respect du serment. Combien le parjure eut-il été plus supportable qu'un tel engagement ! Si toutefois on pouvait appeler parjure ce qu'un homme enivré avait juré parmi les vins, ce qu'un efféminé avait proclamé parmi les choeurs de danse. On apporte sur un plateau la tête du prophète, et on tint pour fidélité à sa parole ce qui était de l'égarement.

Jamais non plus on ne m'amènera à croire que ce ne fut pas une imprudence, de la part du chef Jephté, d'avoir promis d'immoler au Seigneur quoi que ce fût qui, à son retour, se présenterait à lui, sur le seuil de sa maison ; aussi bien lui-même se repentit de son voeu après que sa fille se fut présentée à lui. Finalement il déchira ses vêtements et dit : « Malheur à moi ! ma fille, tu t'es mise en travers de mes pas, tu m'es devenue un aiguillon de douleur ». Et bien qu'avec piété, dans la crainte et l'effroi, il eût satisfait à la cruauté d'un acquittement rigoureux, cependant ce Jephté institua et laissa après lui une lamentation annuelle à célébrer, même par la postérité. Rigoureuse promesse, plus cruel acquittement dont fut dans la nécessité de se lamenter celui-là même qui l'accomplit ! Finalement, il y eut une règle et un principe en Israël, jours après jours : « Elles s'en allaient, dit l'Écriture, les filles du peuple d'Israël, se lamentant sur la fille de Jephté de Galaad, durant quatre jours dans l'année ». Je ne puis incriminer un homme qui fut dans la nécessité de satisfaire au voeu qu'il avait fait, mais cependant pitoyable nécessité que celle dont on s'acquitte par le meurtre d'un parent.

Il vaut mieux ne pas faire de voeu, que de faire le voeu d'une chose dont celui à qui elle est promise, ne veut pas qu'on s'acquitte envers lui. Ainsi nous avons un exemple en la personne d'Isaac à la place de qui le Seigneur décréta que lui fût immolé un bélier . Il ne faut donc pas toujours acquitter toutes les promesses, Ainsi le Seigneur lui-même fréquemment change sa façon de voir, comme l'indique l'Ecriture. De fait, dans ce livre qui s'intitule Les Nombres, il s'était proposé de frapper à mort et d'anéantir le peuple, mais ensuite, à la prière de Moïse, il se réconcilia avec son peuple. Et de nouveau il dit à Moïse et Aaron : « Séparez-vous du milieu de cette assemblée et je les exterminerai tous à la fois ». Or ceux-ci s'écartèrent de la réunion et ce fut les impies Dathan et Abiron, soudain, que la terre rompue par la déchirure d'une crevasse, engouffra.

Cet exemple relatif à la fille de Jephté est plus remarquable et plus ancien que celui que l'on tient pour mémorable chez les philosophes, qui est relatif à deux pythagoriciens : alors que l'un d'eux avait été condamné à la peine capitale par le tyran Denys, le jour de la mise à mort ayant été notifié, il demanda que lui fût accordée la faveur de se rendre chez lui, afin de recommander les siens; et pour que la confiance en son retour ne fût pas hésitante, il offrit un garant de sa mort, avec cette condition que, si lui-même faisait défaut au jour fixé, son garant reconnût qu'il lui faudrait mourir à sa place. Celui qui était offert ne refusa pas la modalité de l'engagement et, avec fermeté d'âme, attendait le jour de l'exécution. Et ainsi le second ne se déroba pas, mais le premier fit retour au jour dit. Ce qui fut admirable à ce point que le tyran se ménagea l'amitié de ces hommes qu'il mettait en péril.

Cela donc qui, chez des hommes en vue et formés, fait l'objet de l'admiration, on le découvre de façon beaucoup plus grande et beaucoup plus brillante, chez la vierge disant à son père qui gémissait : « Traite-moi selon la parole sortie de ta bouche ». Mais elle demanda un délai de deux mois pour tenir dans les montagnes une réunion avec les amies de son âge qui, dans un sentiment de piété, accompagneraient son deuil de vierge promise à la mort. Ni le sanglot de ses amies n'émut la jeune fille, ni leur douleur ne la fléchit, ni leur gémissement ne la retarda, ni le jour ne passa, ni l'heure ne lui échappa. Elle revint vers son père, comme si elle revenait pour remplir un vœu ; par sa propre volonté elle força l'hésitation de son père et fit en sorte, par une décision spontanée, que ce qui était un hasard impie, devint un pieux sacrifice.