Voici que se présente à toi Judith, admirable, elle qui alla trouver un homme redouté des peuples, Holopherne, entouré de son escorte triomphale d'Assyriens. Tout d'abord, elle le frappa par l'agrément de son allure et le charme de son visage, puis elle le circonvint par la distinction de ses propos. Son premier triomphe fut qu'elle ramena sa pudeur intacte de la tente de l'ennemi, le second qu'étant femme, elle remporta la victoire sur un homme, mit en fuite des peuples par sa décision.
Les Perses furent horrifiés de son audace. En tout cas, chose que l'on admire chez ces deux pythagoriciens, elle ne s'effraya pas du péril de mort ; mais pas non plus du péril pour sa pudeur, chose qui est plus grave pour les femmes de bien ; elle ne trembla pas, non point devant le coup d'un bourreau, mais pas non plus devant les traits de toute une armée. Elle se tint debout, femme parmi les formations de guerriers, calme devant la mort, parmi les armes victorieuses. Pour autant qu'on considère l'importance du péril, elle marcha à la mort ; mais pour autant qu'on considère la foi, elle marcha au combat.
Ainsi donc, c'est la beauté morale que poursuivit Judith et, en la poursuivant, elle trouva l'utilité. Il appartenait en effet à la beauté morale d'empêcher que le peuple de Dieu ne se rendît aux impies, qu'il ne livrât les cultes de ses pères et les mystères, qu'il ne soumît la consécration des vierges, la dignité des veuves, la pudeur des matrones à la luxure des barbares, qu'il n'interrompît le siège par la reddition ; il appartenait à la beauté morale de préférer s'exposer pour tous au péril, afin de les tirer tous du péril.
Comme il est grand le prestige de la beauté morale pour qu'une femme revendiquât pour elle-même la décision sur les plus hautes affaires, sans la confier aux chefs du peuple ! Comme il est grand le prestige de la beauté morale pour qu'elle présumât de l'aide de Dieu ! Comme elle est grande la grâce de la trouver !