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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · Psaumes : Vulgate · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Est-ce que les hommes sont attaqués par les démons ?

Objections :

1. Il semble que les hommes ne soient pas attaqués par les démons car les anges, envoyés par Dieu, sont chargés de protéger les hommes. Or, les démons ne sont pas envoyés par Dieu, puisque leur intention est de perdre les âmes alors que Dieu cherche à les sauver. Les démons ne sont donc pas chargés par Dieu d’attaquer les hommes.

2. Par ailleurs, la condition du combat n’est pas juste lorsqu’à la guerre le faible est opposé au fort et l’ignorant à celui qui est rusé. Or, les hommes sont faibles et ignorants alors que les démons sont puissants et rusés. En conséquence, Dieu, qui est l’auteur de toute justice, ne doit pas permettre que les hommes soient combattus par les démons.

3. En outre, le combat contre la chair et celui contre le monde suffisent à l’homme pour exercer sa vertu. Or, Dieu permet que ses élus soient attaqués pour exercer leurs vertus. Il ne semble donc pas nécessaire qu’en outre ils soient combattus par les démons.

Cependant : l’Apôtre [Éphésiens, ch. 6, v. 12] déclare : « Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à combattre, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes. »

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire qu’il y a deux choses à considérer au sujet du combat que mènent les démons, à savoir les attaques elles-mêmes et leur ordination. Or, les attaques elles-mêmes procèdent de la malice des démons qui à cause de leur envie s’efforcent d’empêcher le perfectionnement des hommes, et à cause de leur orgueil usurpent la ressemblance de la puissance divine en envoyant des ministres déterminés pour combattre les hommes, tout comme les bons anges, envoyés par Dieu, reçoivent des ministères déterminés en vue du salut des hommes. Mais l’ordination des attaques des démons vient de Dieu lui-même qui sait se servir avec justesse des différents maux pour les ordonner au bien.

Mais en ce qui concerne les bons anges, c’est aussi bien leur protection elle-même que l’ordination de cette protection qui procède de Dieu comme de leur premier auteur.

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu que les mauvais anges combattent les hommes de deux manières. Premièrement, en les excitant au péché : en ce sens, ils ne sont pas envoyés par Dieu pour combattre les hommes, mais Dieu, selon ses justes jugements, le leur permet parfois. Mais ils attaquent parfois les hommes en les punissant : en ce sens, ils sont envoyés par Dieu, tout comme l’esprit de mensonge fut envoyé pour punir Achab, roi d’Israël, comme le dit l’Écriture [1 Rois, ch. 22, v. 20-22]. En effet, le châtiment procède de Dieu comme de son premier auteur, et néanmoins les démons sont envoyés pour punir, et ils punissent avec une autre intention que celle pour laquelle ils sont envoyés : en effet, eux-mêmes punissent par haine et envie alors que Dieu les envoie pour accomplir sa justice.

2. Il faut dire en deuxième lieu que pour que la condition de la lutte ne soit pas inégale, l’homme reçoit premièrement comme compensation l’aide de la grâce divine, deuxièmement la protection des anges. C’est pourquoi Élysée [2 Rois, ch. 6, v. 16] dit à son ministre : « Ne crains pas ! Ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. »

3. Il faut dire en troisième lieu qu’en ce qui concerne la faiblesse de l’homme, il suffirait qu’elle soit exercée à la vertu par la lutte contre la chair et le monde. Mais en ce qui concerne la malice des démons, cela ne suffit pas puisqu’ils se servent de l’un et de l’autre pour attaquer les hommes. Cependant, de par l’ordination divine, tout cela contribue à la gloire des élus.

Article 2 — Est-ce que tenter est le propre des démons ?

Objections :

1. Il semble que tenter ne soit pas le propre des démons car l’Écriture [Genèse, ch. 22, v. 1] affirme que Dieu lui-même tente : « Dieu tenta Abraham. ». En outre, l’homme est tenté par la chair et le monde. De plus, on dit de l’homme lui-même qu’il tente Dieu et les autres hommes. Tenter n’est donc pas le propre des démons.

2. C’est à celui qui ignore ce qui s’en suivra qu’il appartient de tenter. Or, les démons savent ce qui arrivera aux hommes. En conséquence, les démons ne tentent pas.

3. En outre, la tentation mène au péché. Or, le péché réside dans la volonté. Donc, puisque les démons ne peuvent modifier la volonté de l’homme, comme nous l’avons vu plus haut [q. 111, art. 2], il semble donc qu’il ne leur appartient pas de tenter.

Cependant : l’Apôtre [1 Thessaloniciens, ch. 3, v. 5] dit : « Je craignais que ne vous ait tenté celui qui tente. » Et la Glose interlinéaire, commentant cette parole, affirme : « C’est-à-dire le Diable, à qui il appartient de tenter. »

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que tenter se dit proprement d’une expérience faite sur un autre afin de découvrir quelque chose à son sujet : c’est pourquoi la fin prochaine d’une tentation est l’obtention d’un savoir. Mais parfois, à partir de savoir, on cherche à obtenir une autre fin, bonne ou mauvaise : bonne, comme lorsqu’on cherche à savoir quelle sorte de personne est cet homme, quant à la science ou quant à la vertu, afin de le faire progresser vers sa perfection ; mauvaise, comme lorsqu’on cherche à savoir la même chose en vue de le tromper ou de le corrompre. Voyant cela, on peut comprendre comment l’acte de tenter peut s’attribuer à différents êtres en différents sens. On dit en effet de l’homme qu’il tente seulement en ce sens qu’il cherche à savoir et on dit alors que tenter Dieu est un péché car l’homme, doutant de la vertu de Dieu, a alors la présomption de la tester. Et parfois, l’homme tente en vue d’aider, mais parfois en vue de nuire.

Quant au Diable, il ne tente toujours qu’en vue de nuire en précipitant dans le péché. C’est en ce sens qu’on dit qu’il est propre au Diable de tenter, car même s’il arrive parfois à l’homme de tenter en ce sens, c’est parce qu’il agit alors en tant que ministre du Diable.

Quant à Dieu, on dit de lui qu’il tente en vue de savoir en ce sens que par son savoir il veut faire savoir quelque chose à d’autres. C’est en ce sens que l’Écriture [Deutéronome, ch. 13, v. 3] dit : « Le Seigneur votre Dieu vous tente afin de faire savoir si vous l’aimez. »

Enfin, si l’on dit de la chair et du monde qu’ils tentent, c’est en tant qu’instruments ou matière de la tentation, c’est-à-dire en tant qu’il est possible de connaître par eux quelle sorte de personne est cet homme, du fait qu’il succombe ou résiste aux désirs de la chair ou du fait qu’il méprise ou non aussi bien les richesses que les adversités du monde, choses dont se sert aussi le Diable pour tenter l’homme.

Solutions :

1. Ce que nous venons de dire répond clairement à la première objection.

2. Il faut dire en deuxième lieu que les démons savent ce que les hommes font extérieurement, mais seul Dieu, qui sonde le fond des coeurs, comme le dit l’Écriture [Proverbes, ch. 16, v. 2], connaît la condition intérieure des hommes par laquelle certains sont davantage inclinés à un vice qu’à un autre. C’est la raison pour laquelle le Diable tente, en explorant la condition intérieure de l’homme, c’est-à-dire pour connaître ce vice auquel tel homme est davantage incliné et sur lequel il doit concentrer la tentation.

3. Il faut dire en troisième lieu que le démon, bien qu’il ne puisse modifier la volonté, peut cependant, comme nous l’avons dit plus haut [q. 111, art. 3], modifier d’une certaine manière les puissances inférieures de l’homme à partir desquelles la volonté peut être inclinée bien qu’elle ne soit pas forcée.

Article 3 — Est-ce que tous les péchés procèdent de la tentation du diable ?

Objections :

1. Il semble que tous les péchés procèdent de la tentation du diable car Denys [Les Noms Divins, ch. 4] dit : « La multitude des démons est cause de tous les maux à la fois pour eux et pour les autres ». Et saint Jean Damascène [De la Foi Orthodoxe, L. 2, ch. 4] déclare à ce sujet : « Toutes les méchancetés et toutes les impuretés ont été planifiées par le diable ».

2. Par ailleurs, il est possible de dire de tout pécheur ce que le Seigneur [Jean, ch. 8, v. 44] dit des Juifs : « Vous avez pour père le diable », signifiant ainsi qu’ils commettaient le péché en suivant la suggestion du diable. Donc, tout péché procède de la suggestion du diable.

3. En outre, tout comme les anges sont chargés de la protection des hommes, de même les démons sont destinés à les attaquer. Or, tout ce que nous faisons de bien procède de la suggestion des bons anges, puisque les dons de Dieu nous sont offerts par leur intermédiaire. De même, tout le mal que nous faisons procède de la suggestion du diable.

Cependant : l’Église [Les Dogmes de l’Église, ch. 69, al. 82] déclare : « Ce ne sont pas toutes nos pensées mauvaises qui sont provoquées par le diable, mais elles naissent parfois du mouvement de notre libre arbitre ».

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire qu’une chose peut être la cause d’une autre de deux manières, à savoir directement ou indirectement. Une chose peut être la cause d’une autre indirectement comme lorsqu’on dit d’un agent, causant une disposition qui incline à un effet, qu’il est la cause occasionnelle et indirecte de cet effet : c’est ainsi qu’on dit de celui qui coupe le bois qu’il est la cause de sa combustion. C’est de cette manière qu’on doit dire que le diable est la cause de tous nos péchés, c’est-à-dire parce que c’est lui qui a excité le premier homme à commettre le péché à partir duquel s’ensuivit dans tout le genre humain une certaine inclination à commettre tous les péchés. Et c’est en ce sens qu’il faut entendre les paroles de saint Jean Damascène et de Denys.

Mais on dit d’une chose qu’elle est la cause directe d’une autre lorsqu’elle agit directement sur la production de cet effet, et en ce sens le diable n’est pas la cause de tous les péchés, mais certains au contraire procèdent de l’exercice du libre arbitre et de la corruption de la chair. En effet, comme le dit Origène [Peri Archon, L. 3, ch. 2], même si le diable n’existait pas, les hommes seraient attirés par les plaisirs de la table, par ceux de la chair et par les autres attraits de ce genre qui sont l’objet de nombreux désordres lorsque ces appétits, étant donnée la corruption de la nature, ne sont pas réglés par la raison. Or, modérer et ordonner de tels appétits relève du libre arbitre. Il n’est donc pas nécessaire que tous les péchés procèdent d’une impulsion du diable, mais pour ceux qui en procèdent, Isidore [Sentences, du Bien Suprême, L. 3, ch. 5] dit : « Les hommes, pour les accomplir, sont trompés, tout comme les premiers parents, par les flatteries du diable ».

Solutions :

1. Ce que nous venons de dire répond clairement à la première objection.

2. Il faut dire en deuxième lieu que si des péchés sont commis sans l’impulsion du diable, les hommes qui les commettent deviennent cependant des enfants du diable en ce sens qu’ils imitent celui qui a péché en premier, à savoir le diable lui-même.

3. Il faut dire en troisième lieu que l’homme peut par lui-même se précipiter dans le péché, mais il ne peut progresser en mérite que par le secours de Dieu qui est offert à l’homme par l’intermédiaire du ministère des anges. Et c’est pourquoi les anges coopèrent à toutes nos bonnes actions, mais on ne peut dire à l’inverse que tous nos péchés procèdent de la suggestion des démons, bien qu’il n’existe pas un seul genre de péché qui ne puisse parfois procéder de la suggestion des démons.

Article 4 — Est-ce que les démons peuvent séduire les hommes par de vrais miracles ?

Objections :

1. Il semble que les démons ne puissent séduire les hommes au moyen de vrais miracles. En effet, l’opération des démons se développera surtout dans les œuvres de l’Antéchrist. Or, l’Apôtre [2 Thessaloniciens, ch. 2, v. 9] dit au sujet de l’Antéchrist : « L’être méchant viendra pour faire l’œuvre de Satan, avec toute sa puissance, pour accomplir toutes sortes de miracles et de prodiges trompeurs ». Donc, à plus forte raison, à d’autres époques, les démons ne peuvent accomplir que de faux miracles.

2. Par ailleurs, les vrais miracles ne se réalisent que par des transformations des corps. Or, les démons ne peuvent changer la nature des corps, comme le dit saint Augustin [La Cité de Dieu, L. 18, ch. 18] : « Je ne croirai pas que l’art ou la puissance des démons puisse en aucune manière transformer le corps humain en des membres d’animaux ». En conséquence, les démons ne peuvent accomplir de vrais miracles.

3. En outre, l’argument qui conclut les contraires n’a aucune valeur. Donc, si de vrais miracles peuvent être accomplis par des démons pour nous entraîner à la fausseté, ils ne seront pas efficaces pour confirmer la vérité de la foi. Mais cela pose un problème puisque l’Écriture [Marc, ch. 16, v. 20] dit : « Le Seigneur les aidait et confirmait la vérité de leur prédication par des signes miraculeux ».

Cependant : saint Augustin [Les Quatre-vingt-trois Questions, L. 21, Sentences, Sentence 4] dit : « Les miracles produits par l’artifice des magiciens sont le plus souvent semblables à ceux qu’accomplissent les serviteurs de Dieu ».

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire, comme nous l’avons vu plus haut [q. 110, art. 4], que les démons, tout comme les autres créatures, ne peuvent faire de miracles si ce dernier terme est pris au sens propre : seul Dieu peut alors faire des miracles, car le miracle proprement dit est ce qui est produit en dehors de l’ordre de toute la nature créée, ordre sous lequel est contenue toute puissance créée. Mais parfois, en un sens large, on appelle miracle ce qui dépasse la puissance et la connaissance humaines et en ce sens les démons peuvent faire des miracles qui étonnent les hommes dans la mesure où ils dépassent leurs capacités et leurs connaissances : en effet, même un homme, dans la mesure où accomplit une opération qui dépasse les capacités et les connaissances d’un autre, amène ce dernier à admirer son œuvre comme si elle avait été accomplie un miraculeusement.

Il faut cependant savoir que ces œuvres des démons qui nous apparaissent miraculeuses, bien qu’elles ne parviennent pas à la véritable notion de miracle, sont cependant en certains cas de véritables faits. Par exemple, l’Écriture [Exode, ch. 7, v. 12 ; ch. 8, v. 7] nous rapporte que les mages de Pharaon, par la puissance des démons, ont produit de vrais serpents et de vraies grenouilles ; de même, saint Augustin [La Cité de Dieu, L. 20, ch. 19] dit : « Lorsque le feu descendu du ciel supprima d’un seul coup toute la famille de Job ainsi que son bétail et que la tempête en abattant sa maison tua ses fils, opération accomplie par Satan, il ne s’agissait pas là d’une illusion ».

Solutions :

1. Il faut dire en premier lieu, comme saint Augustin le souligne au même endroit, qu’on peut dire des œuvres de l’Antéchrist qu’elles sont des miracles mensongers, soit parce que nos sens mortels sont trompés par les images ou les apparences illusoires, de sorte que ce qui n’a pas été accompli en réalité nous semble l’avoir été ; soit parce que, s’il s’agit de véritables prodiges, ils nous conduisent cependant à adhérer à des mensonges.

2. Il faut dire en deuxième lieu, comme nous l’avons vu plus haut [q. 110, art. 2], que la matière n’est pas soumise par nature aux anges, bons ou mauvais, telle sorte que les démons, par leur puissance, pourraient faire passer la matière d’une forme à une autre ; ils peuvent cependant se servir de certaines sortes de germes qu’on retrouve dans les éléments du monde pour d’accomplir de tels effets, comme le dit saint Augustin [De la Trinité, L. 3, ch. 8, 9]. Et c’est pourquoi il faut dire que toutes les transformations des choses corporelles qui peuvent être accomplies par les puissances naturelles qui relèvent de ces germes, peuvent aussi être accomplies par l’opération des démons qui utilisent ces germes, comme lorsque certaines choses sont transformées en serpents ou en grenouilles, lesquels peuvent être engendrés par putréfaction. Cependant, ces transformations des choses corporelles qui ne peuvent être accomplies par la puissance de la nature ne peuvent en aucune manière être accomplies véritablement par l’opération des démons, par exemple la transformation d’un corps humain en un celui d’une bête, ou la résurrection d’un cadavre humain en un corps humain vivant. Et si parfois une telle transformation semble avoir été accomplie par l’opération des démons, c’est qu’elle n’est pas authentique, mais seulement apparente ou illusoire.

Or, les démons peuvent produire ces illusions de deux manières. Premièrement de l’intérieur même de l’homme, selon que le démon peut agir sur l’imagination de l’homme et même sur ses sens corporels, de telle manière que l’homme voit la chose autrement qu’elle n’est en réalité, comme nous l’avons vu précédemment [q. 111, art. 3, 4] ; on dit même que cela se produit parfois sous l’action de certains produits corporels.

Mais les démons peuvent aussi produire ces illusions de l’extérieur. En effet, puisque le démon peut former, à partir de l’air, un corps de n’importe quelle forme ou figure, de telle manière qu’en s’en emparant il y apparaisse visiblement, pour la même raison il peut envelopper n’importe quelle chose corporelle de n’importe quelle autre forme corporelle de telle manière qu’elle semble appartenir à l’espèce de cette autre forme. C’est ce qui fait dire à saint Augustin [La Cité de Dieu, L. 18, ch. 18] : « Le produit de l’imagination de l’homme, qui se diversifie par la pensée ou par le rêve dans un genre innombrable de choses, apparaît aux sens trompés comme quelque chose de corporel dans l’image de quelque animal ». Cela ne doit pas s’entendre dans le sens où la puissance imaginative de l’homme ou son image apparaîtrait comme étant elle-même incorporée aux sens d’un autre homme, mais plutôt en ce sens que le démon, qui forme une image dans l’imagination d’un homme, peut aussi offrir une image semblable aux sens d’un autre homme.

3. Il faut dire en troisième lieu qu’il faut dire, comme saint Augustin [Les Quatre-vingt-trois Questions, q. 79], que « lorsque les mages font des miracles comme les saints, ils le font selon une autre fin et selon une autre condition. En effet, les mages les font en poursuivant leur propre gloire alors que les saints le font en recherchant la gloire de Dieu. En outre, les mages le font pour leurs intérêts personnels alors que les saints le font pour le bien commun et conformément à l’ordre de Dieu à qui toute créature est soumise.

Article 5 — Est-ce que le démon qui est dominé par quelqu’un est empêché pour cette raison de l’attaquer ?

Objections :

1. Il semble que le démon, dominé par quelqu’un, ne soit pas empêché pour cette raison de l’attaquer. En effet, le Christ a vaincu son tentateur de la façon la plus efficace, ce qui n’a pas empêché ce dernier de l’attaquer par la suite en incitant les Juifs à le supprimer. Il n’est donc pas vrai que le diable, une fois vaincu, cesse par la suite d’attaquer.

2. Par ailleurs, infliger une peine à celui qui tombe dans le combat, c’est l’inciter à combattre plus vigoureusement. Mais cela ne correspond pas à la miséricorde de Dieu. Les démons vaincus ne sont donc pas empêchés d’attaquer.

Cependant : l’Écriture [Matthieu, ch. 4, v. 11] nous dit : « Alors Satan l’abandonna », c’est-à-dire qu’il abandonna le Christ qui l’avait vaincu.

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que selon certains, le démon, une fois vaincu, ne peut plus par la suite tenter aucun homme ni pour le même péché ni pour un autre. Selon d’autres, le démon peut encore tenter d’autres hommes, mais plus le même ; et l’on peut dire que cette position est plus probable si on l’entend selon la suite du temps et c’est pourquoi l’Écriture [Luc, ch. 4, v. 13] nous dit : « Ayant éprouvé le Christ par toutes les formes de tentation, le Diable s’en éloigna pour un certain temps ». Il y a deux raisons qui expliquent cela. La première tient à la clémence de Dieu parce que, comme le dit saint Jean Chrysostome [Œuvres imparfaites, Homélie 5, sur Matthieu, ch. 4, v. 10] commentant l’Évangile de Matthieu : « Le Diable ne tente pas les hommes autant qu’il le veut, mais seulement aussi longtemps que Dieu le lui permet, car bien qu’il lui permette de tenter un peu, il le retient cependant en raison de la faiblesse de notre nature ». La deuxième raison tient à la ruse du Diable et c’est pourquoi saint Ambroise, en commentant ce passage [Luc, ch. 4, v. 13], dit : « Le Diable hésite à persister car il n’aime pas être vaincu ».

Mais que le Diable revienne tenter celui qu’il a abandonné, cela est manifeste par l’examen de ce passage de l’Écriture [Matthieu, ch. 12, v. 44] : « Je retournerai dans cette maison que j’avais laissée ».

Solutions :

Ce que nous venons de dire répond à toutes les objections.