Article 1 — Y a-t-il dans la loi ancienne plusieurs préceptes ou un seul ?
Objections :
1. Une loi n'est pas autre chose qu'un précepte, on l'a vu. Puisqu'il n'y a qu'une seule loi ancienne, elle ne contient qu'un seul précepte.
2. "Tout précepte quel qu'il soit, dit l'Apôtre, revient à ce commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Rm 13, 9). C'est là un commandement unique. Donc la loi ancienne ne contient qu'un seul commandement.
3. On lit aussi en saint Matthieu (7, 12) : "Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le vous-mêmes pour eux ; c'est la loi et les prophètes." La loi ancienne, qui est toute contenue dans la loi et les prophètes, se réduit donc à un seul précepte.
Cependant :
L’Apôtre parle de Notre Seigneur "abolissant la loi des commandements par ses ordonnances" (Ep 2, 15). La Glose explique que ce passage vise la loi ancienne ; celle-ci contient donc plus d'un commandement.
Conclusion :
Le précepte légal, étant obligatoire, prescrit une chose à faire. Or, si une chose est à faire, cela tient à l'exigence d'une fin. Il est donc, on le voit, essentiel au précepte de se rapporter à une fin, de manière à prescrire ce qui est nécessaire ou avantageux à l'égard de cette fin. Mais, par rapport à une fin donnée, bien des choses peuvent se présenter comme nécessaires ou favorables. Ainsi, divers préceptes peuvent être portés en des matières diverses, considérées dans leur rapport à une fin unique. Concluons donc que tous les préceptes de l'ancienne loi ne font qu'un, à l'égard de leur fin unique, mais sont aussi nombreux et divers que sont les objets ordonnés à cette fin.
Solutions :
1. Disons que la loi ancienne est une, comme relevant d'une fin unique ; elle n'en contient pas moins des préceptes divers, selon la distinction des objets qu'elle touche en vue de cette fin. De même, l'art de la construction tient son unité de sa fin, qui est la maison à construire ; mais il comporte des prescriptions diverses à cause des opérations diverses qu'il combine à cet effet.
2. "La fin du précepte, c'est la charité" affirme saint Paul (1 Tm 1, 5). Toute loi, en effet, vise à fonder une amitié entre les hommes, ou entre l'homme et Dieu. C'est pourquoi ce commandement unique d'aimer le prochain comme soi-même, qui se présente comme la fin de tous les commandements, contient toute la loi en plénitude, car l'amour du prochain, si nous aimons le prochain pour Dieu, implique l'amour de Dieu. Saint Paul ne mentionne donc ici que ce précepte qui tient lieu des deux préceptes de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain, dont le Seigneur déclare que "dépendent la loi et les prophètes" (Mt 22, 40).
3. Aristote remarque que "l'amitié qu'on a pour autrui vient de l'amitié qu'on a pour soi-même", du fait qu'on se comporte envers autrui comme envers soi-même. Le verset allégué de saint Matthieu donne donc sous forme explicite la règle de l'amour du prochain, fournie implicitement par l'autre formule : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même." Ce n'est donc qu'une explicitation de ce commandement.