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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — La loi ancienne contient-elle, en outre, des préceptes judiciaires ?

Objections :

1. Saint Augustin observait que "dans la loi ancienne il y a des préceptes touchant la vie qu'il faut mener, et des préceptes concernant la vie qu'il faut signifier". Voilà, respectivement, les préceptes moraux et les préceptes cérémoniels. Il n'y a pas lieu, en conséquence, de leur adjoindre dans la loi d'autres préceptes, dits judiciaires.

2. Commentant le verset 102 du Psaume 119 "je ne me suis pas écarté de tes jugements", la Glose explique : "de ce que tu as établi comme règle de vie". Règle de vie, entendons préceptes moraux. Les préceptes judiciaires ne s'en distinguent donc pas.

3. Le jugement est un acte de la vertu de justice : "Le jugement sera conforme à la justice" (Ps 94, 15). Comme les actes de toutes les vertus, sans excepter ceux de la justice, relèvent des préceptes moraux, ceux-ci incluent donc les préceptes judiciaires qui n'en doivent pas être distingués.

Cependant :

Nous lisons au Deutéronome (6, 1) : "Voici les préceptes, les cérémonies et les jugements." Ici, les préceptes désignent par excellence les préceptes moraux. Il existe donc des préceptes judiciaires, en plus des préceptes moraux et cérémoniels.

Conclusion :

Il appartient à la loi divine, répétons-le, de régler les rapports des hommes entre eux et à l'égard de Dieu. Cette double compétence, quant à son principe général, est du ressort de la loi naturelle et à cela correspondent les préceptes moraux. Mais quant à son double domaine, elle demande à être déterminée par la loi divine ou la loi humaine. En effet, les principes connus naturellement sont toujours généraux, tant dans l'ordre spéculatif que dans l'ordre pratique. Donc, de même que la détermination du précepte général de rendre un culte à Dieu est assurée par les préceptes cérémoniels, de même la détermination du précepte général d'observer la justice parmi les hommes est assurée par les préceptes judiciaires.

Dès lors, nous pouvons distinguer trois catégories de préceptes dans la loi ancienne : les préceptes moraux, où s'expriment les exigences de la loi naturelle ; les préceptes cérémoniels, déterminations du culte divin ; les préceptes judiciaires, déterminations touchant la pratique de la justice parmi les hommes. C'est pourquoi saint Paul, après avoir dit : "La loi est sainte", ajoute que "le commandement est juste, bon et saint" (Rm 7, 12). La justice vise les préceptes judiciaires ; la sainteté évoque les préceptes cérémoniels, car est saint ce qui est consacré à Dieu ; quant à la bonté, c'est-à-dire l'honnêteté, elle désigne les préceptes moraux.

Solutions :

1. Les préceptes judiciaires, aussi bien que les préceptes moraux, intéressent la rectitude de la vie humaine ; les uns et les autres constituent donc ensemble le premier membre de la division augustinienne, les préceptes touchant "la vie qu'il faut mener".

2. Le jugement est une mise en oeuvre de la justice, ce qui suppose une application déterminée de la raison à des objets particuliers. Les préceptes judiciaires ont donc en commun avec les préceptes moraux qu'ils découlent de la raison, et avec les préceptes cérémoniels qu'ils sont des déterminations de principes généraux. Voilà pourquoi les textes désignent à la fois sous le nom de "jugements" tantôt les préceptes judiciaires et moraux, comme dans le Deutéronome (5, 1) : "Écoute, Israël, les cérémonies et les jugements" ; tantôt les préceptes judiciaires et cérémoniels, comme au Lévitique (18, 4) : "Vous accomplirez mes jugements et vous observerez mes préceptes." Par préceptes, ici, entendez préceptes moraux ; et par jugements, les préceptes cérémoniels et judiciaires.

3. Aux préceptes moraux appartient l'acte de justice en général ; aux préceptes judiciaires, la détermination spécifique de cet acte.