Article 3 — Pour quelle fin l’homme fut-il placé dans le paradis ?
Objections :
1. Il semble que l’homme n’ait pas été placé dans le paradis afin d’y travailler et de le garder. Car ce qui a été introduit comme châtiment du péché n’aurait pas existé au paradis, dans l’état d’innocence. Mais l’agriculture a été introduite comme châtiment du péché, dit la Genèse (3, 17). Donc l’homme n’a pas été placé au paradis pour y travailler.
2. Il n’est pas nécessaire de placer une garde là où l’on ne craint aucun assaut violent. Mais au paradis on n’avait à redouter aucun assaillant. Par conséquent il n’était pas nécessaire de le garder.
3. Si l’homme a été placé dans le paradis pour y travailler et le garder, cela semble entraîner que l’homme a été fait pour le paradis et non le paradis pour l’homme, ce qui paraît faux. Donc l’homme n’a pas été placé dans le paradis pour y travailler et le garder.
En sens contraire :
il est dit dans la Genèse (2,15) : " Le Seigneur Dieu prit l’homme et le plaça dans un paradis de délices pour y travailler et le garder. "
Réponse :
Selon Saint Augustin, cette parole de la Genèse peut être comprise de deux façons. D’abord en ce sens que Dieu aurait placé l’homme dans le paradis pour que lui, Dieu, travaillât et gardât l’homme ; il travaillerait en le justifiant, (on sait que si ce travail cessait, l’homme serait aussitôt dans les ténèbres, de la même façon que l’air lorsque cesse l’influx lumineux) ; et il garderait l’homme de toute corruption et de tout mal. Un autre sens est celui-ci : " Afin que l’homme travaillât et gardât le paradis. " Mais ce travail n’aurait pas été pénible comme après le péché ; il aurait été joyeux à cause de l’expérience que l’homme aurait faite de sa force naturelle. En outre, la garde dont il était chargé n’était pas tournée contre un envahisseur, elle était destinée à ce que l’homme se gardât à lui-même le paradis, en évitant de le perdre par le péché. Et tout cela tournait au bien de l’homme ; et ainsi c’est bien le paradis qui est ordonné au bien de l’homme et non pas l’inverse.
Cela donne la réponse aux Objections.