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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — Est-ce que le destin est immuable ?

Objections :

1. Il semble que le destin ne soit pas immuable car Boèce [De la Consolation, L. 4, prose 10] dit : « Ce que le raisonnement est à l’intelligence, ce qui est engendré à ce qui est, le temps à l’éternité, le cercle au point central, la série muable du destin l’est aussi à la simplicité stable de la Providence ».

2. Par ailleurs, le Philosophe [Topiques, L. 2, ch. 7] dit : « Si nous changeons, ce qui est en nous change aussi ». Mais « le destin est une disposition inhérente aux choses mobiles », comme le dit Boèce [De la Consolation, L. 4, prose 6]. Le destin est donc muable.

3. En outre, si le destin est immuable, tout ce qui est soumis au destin se produira immuablement et nécessairement. Mais il semble que ce soient surtout les choses contingentes qu’on attribue au destin. En conséquence, si le destin est immuable, il n’y aura plus de contingence dans les choses et tout se produira par nécessité.

Cependant : Boèce [De la Consolation, L. 4, prose 6] soutient que « le destin est une disposition immuable ».

Réponse :

Je réponds qu’il faut dire que la disposition des causes secondes, que nous appelons destin, peut être considérée de deux manières : premièrement, par rapport aux causes secondes elles-mêmes, qui se trouvent à être disposées ou ordonnées de telle manière ; deuxièmement, par rapport au principe premier par lequel elles sont ordonnées, à savoir Dieu. Certains penseurs ont donc soutenu que la série ou la disposition même des causes était en elle-même nécessaire, de telle manière que tout en résultait par nécessité, pour cette raison que tout effet a une cause et qu’une fois la cause posée, l’effet en découle nécessairement. Mais cette position est manifestement fausse d’après ce que nous avons dit précédemment [q. 115, art. 6].

D’autres penseurs ont soutenu au contraire que le destin est muable, même en tant qu’il dépend de la Providence divine. C’est pour cette raison que les Égyptiens affirmaient que le destin peut être modifié par certains sacrifices, comme le rapporte saint Grégoire de Nysse [Némésius, de l’Homme, ch. 36 ; al. Du Destin, L. 6, ch. 2]. Mais nous avons écarté cette position [q. 23, art. 8] parce qu’elle s’oppose à l’immutabilité de la divine Providence.

C’est pourquoi il faut plutôt dire que le destin, considéré sous le rapport des causes secondes, est muable ; mais en tant qu’il est soumis à la Providence divine, il est immuable non pas d’une nécessité absolue, mais d’une nécessité conditionnelle, dans le sens où l’on dit que cette proposition conditionnelle est vraie et nécessaire : « Si Dieu a prévu que cela sera, cela sera nécessairement ». C’est pourquoi, après avoir dit que la « série » du destin est « muable », Boèce [De la Consolation, L. 4, prose 6] ajouta un peu plus loin : « Mais quand elle procède des décrets de la divine Providence, il est nécessaire qu’elle devienne immuable ».

Solutions :

Ce que nous venons de dire répond manifestement à toutes les objections.