Article 2 — La justice de Dieu peut-elle être dite “ Vérité ” ?
Objections :
1. Il semble que la justice de Dieu ne soit pas la vérité. En effet, la justice est dans la volonté, dont elle est la rectitude, dit Saint Anselme. Or, la vérité est dans l’intelligence, selon le Philosophe. Donc la justice ne se rattache pas à la vérité.
2. La vérité, selon le Philosophe est une autre vertu que la justice. La vérité ne se rattache donc pas à la raison formelle de justice.
En sens contraire :
on dit dans le Psaume (85,11) : “ La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ” et “ vérité ” est mise là pour “ justice ”.
Réponse :
Nous avons dit que la vérité consiste dans l’adéquation entre l’intelligence et la chose, et que l’intellect qui cause la chose est pour elle la règle et la mesure, tandis que c’est l’inverse pour l’intellect qui reçoit des choses sa science. Donc, quand ce sont les choses qui sont la règle et la mesure de l’intelligence, la vérité consiste en ce que l’intelligence se conforme à la chose ; et c’est ce qui a lieu pour nous ; car selon que la chose est ou n’est pas, notre jugement et son expression sont vrais ou faux. Mais quand c’est l’intelligence qui est règle et mesure des choses, la vérité consiste en ce que les choses se conforment à l’intelligence. Par exemple, un artisan fait une œuvre vraie quand celle-ci est conforme aux règles de l’art. Or, ce que les œuvres de l’art sont à l’art lui-même, les actions justes le sont à la loi avec laquelle elles concordent. Et ainsi la justice de Dieu, qui établit dans les choses un ordre conforme au dessein de sa sagesse, qui est sa loi, est bien nommée une vérité. Ainsi, dit-on aussi pour nous : la vérité de la justice.
Solutions :
1. La justice, si on la prend du côté de la loi qui la règle, est dans la raison ou l’intelligence, mais si l’on considère la manière impérative dont elle règle les œuvres selon la loi, elle est dans la volonté.
2. Quant à la vérité étudiée par le Philosophe, c’est une vertu particulière par laquelle quelqu’un se montre tel qu’il est, soit dans ses paroles, soit dans ses actes. Elle consiste alors en la concordance entre le signe et le signifié, non en la conformité de l’effet à la cause qui est la règle, comme nous venons de le dire pour la vérité de la justice.