TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — “ Le Verbe ”, est-ce un nom propre du Fils ?

Objections :

1. Le Fils est une personne subsistante. Mais le nom de verbe n’évoque rien de tel : en nous, c’est bien clair. Il ne peut donc pas être un nom propre de la personne du Fils.

2. C’est par une sorte d’émission, que le verbe procède du sujet qui le profère. Si donc le Fils est proprement “ le Verbe ”, il procède du Père par voie d’émission. Or c’est là précisément l’hérésie de Valentin, telle qu’Augustin la rapporte dans son catalogue d’hérésies.

3. Le nom propre d’une personne signifie une de ses propriétés. Donc, si “ le Verbe ” est un nom propre du Fils, il signifie une propriété du Fils ; et cela va nous donner un nombre de propriétés supérieur à celui qu’on a déterminé plus haut.

4. Quiconque connaît, conçoit un verbe en connaissant. Or le Fils connaît. Il conçoit donc à son tour un verbe ; et dès lors la qualité de Verbe n’est pas propre au Fils.

5. Il est écrit du Fils (He 1, 3) qu’“ il porte toutes choses par le verbe de sa puissance ” : ce qui fait dire à Saint Basile que le saint Esprit est le verbe du Fils. Ainsi encore une fois, la qualité de Verbe n’est pas propre au Fils.

En sens contraire :

“ Verbe s’entend du Fils seul ”, dit Saint Augustin.

Réponse :

En Dieu, l’appellation de Verbe proprement dit s’entend au sens personnel : et c’est un nom propre de la personne du Fils. En effet, ce terme signifie une émanation de l’intellect. Or, en Dieu, la personne qui procède par émanation de l’intellect s’appelle le Fils, et sa procession prend le nom de génération, comme on l’a montré plus haut. Il s’ensuit que seul, en Dieu, le Fils est qualifié proprement de Verbe.

Solutions :

1. En nous, être et connaître ne sont pas identiques ; par suite, ce qui n’a en nous qu’un être de connaissance ne fait point partie de notre nature. Mais l’être de Dieu est sa pensée même. Aussi le Verbe de Dieu n’est pas un accident ou un effet de Dieu, il appartient à sa nature ; il est donc une réalité subsistante, puisque tout ce qui est en Dieu est subsistant. Damascène dit ainsi que “ le Verbe de Dieu est substantiel et subsiste en sa propre hypostase ; tandis que les autres verbes, c’est-à-dire les nôtres, sont des opérations de l’âme ”.

2. Si l’erreur de Valentin a été condamnée, ce n’est pas simplement pour avoir soutenu que le Fils naît par émission ; ce sont les ariens qui lui font ce reproche, au dire de Saint Hilaire. En réalité, Valentin a été condamné à cause du sens différent qu’il donnait à cette émission, comme on le voit chez Saint Augustin.

3. C’est la même propriété qui est signifiée dans les deux noms de Verbe et de Fils. “ On l’appelle le Verbe, dit Saint Augustin, pour la même raison qui le fait appeler le Fils. ” En effet, la même nativité du Fils (voilà bien sa propriété personnelle) peut être signifiée par plusieurs noms, qu’on lui donne pour exprimer diversement sa perfection. Pour faire valoir qu’il est consubstantiel au Père, on l’appelle “ le Fils” ; parce qu’il est coéternel, on l’appelle “la Splendeur” ; parce qu’il lui est totalement semblable, on l’appelle “ l’Image ” ; parce qu’il est engendré d’une manière immatérielle, on l’appelle “ le Verbe ”. Car il était impossible de trouver un nom unique qui signifiât d’un coup tous ces aspects.

4. Le Fils de Dieu connaît, au même titre qu’il est Dieu ; car en Dieu, connaître est un attribut essentiel. Or le Fils, c’est Dieu engendré, et non pas Dieu engendrant. Il connaît donc, non pas en produisant un verbe, mais à titre de Verbe procédant. En Dieu, en effet, le Verbe qui procède ne se distingue pas réellement de l’intellect divin ; il se distingue seulement par sa relation d’origine, de celui qui est principe du Verbe.

5. Quand on dit du Fils qu’“ il porte toutes choses par le verbe de sa puissance ”, on prend verbe en un sens figuré qui évoque l’efficacité créatrice du Verbe. Par exemple, la Glose affirme qu’ici “ verbe ” est pris au sens de commandement. On veut dire que les choses sont conservées dans l’être par l’effet de la puissance du Verbe, de même qu’elles ont été produites par lui. L’interprétation de Saint Basile, que “ verbe ” désignerait ici le saint Esprit, est pareillement impropre et figurée. En ce sens, on appelle “ verbe ” de quelqu’un tout ce qui le manifeste ; et le saint Esprit est appelé “ verbe du Fils ”, parce qu’il le manifeste.