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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — L’Esprit-Saint, est-il le nom propre d’une personne divine ?

Objections :

1. Aucun nom commun aux trois personnes n’est propre à une seule. Or ce nom d’“ Esprit-Saint ” est commun aux trois personnes. Saint Hilaire montre en effet que l’expression “ Esprit de Dieu ” peut désigner le Père, par exemple dans ce texte : “ L’Esprit du Seigneur est sur moi ” (Is 61,1 ; Lc 4, 18) ; elle peut aussi désigner le Fils, par exemple quand le Fils dit (Mt 12, 28) : “ C’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons ”, il déclare ainsi qu’il chasse les démons par la puissance de sa propre nature ; d’autres fois encore il désigne le saint Esprit : “ Je répandrai de mon Esprit sur toute chair ” (Jl 2, 28). Il suit de là que ce nom d’“ Esprit-Saint ” n’est pas un nom propre de personne divine.

2. Les noms des personnes divines sont des termes relatifs, au dire de Boèce. Or l’expression “ Esprit-Saint ” n’est pas un terme relatif, ce n’est donc pas un nom propre de personne divine.

3. Parce que “ le Fils ” désigne une personne divine, on ne peut pas construire ce nom avec un complément créé, en disant : “ Le Fils de tel ou tel. ” Mais on dit fort bien : “ L’Esprit de tel ou tel homme. ” Le Seigneur a dit ainsi à Moïse (Nb 11,17) : “Je prendrai de ton Esprit et je le leur donnerai " ; et ailleurs (2 R 2, 15) : “ L’Esprit d’Élie se reposa sur Élisée. ” Il ne semble donc pas que l’Esprit-Saint soit un nom de personne divine.

En sens contraire :

on lit dans la première lettre de Saint Jean (5, 7 Vg) : “ Ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit-Saint. " Or, dit Saint Augustin, si l’on nous demande : trois quoi ? nous répondons : trois personnes. L’Esprit-Saint est donc bien le nom d’une Personne divine.

Réponse :

On a vu plus haut qu’il y a en Dieu deux processions, dont l’une, celle précisément qui s’accomplit par mode d’amour, n’a pas de nom propre. Par suite, les relations qu’on y considère demeurent innommées ; on l’a vu aussi, et, pour la même raison, la personne qui procède ainsi n’a pas de nom propre. L’usage pourtant a fait prévaloir certains noms pour désigner les relations en question : nous les appelons “ procession ” et “ spiration ”, termes qui, à considérer leur signification propre, paraissent évoquer des actes notionnels plutôt que des relations ; de même, pour désigner la Personne divine qui procède par mode d’amour, l’usage scripturaire a fait prévaloir le nom d’Esprit-Saint.

Et cela convenait ; on peut le montrer par deux raisons. La première se tire de la communauté même de ce nom d’Esprit-Saint. Comme dit Saint Augustin : “ L’Esprit-Saint, parce qu’il est commun aux deux premières Personnes, reçoit lui-même pour nom propre une appellation commune aux deux. Le Père en effet est Esprit, le Fils aussi est Esprit ; le Père est saint, le Fils aussi est saint. ” La seconde raison se tire de la signification propre de cette expression. Dans le monde corporel, le mot spiritus paraît évoquer une sorte d’impulsion et de motion : en effet on donne ce nom au souffle et au vent. Or, le propre de l’amour est de mouvoir et pousser la volonté de l’aimant vers l’aimé. Quant à la sainteté, on l’attribue aux choses qui sont ordonnées à Dieu. Donc, parce qu’il y a une Personne divine qui procède par mode d’amour, de l’amour dont Dieu est l’objet, c’est à bon droit qu’on l’appelle l’Esprit-Saint.

Solutions :

1. L’expression d’esprit saint, entendue dans le sens que donnent les deux mots pris séparément, est un attribut commun à toute la Trinité. En effet, ce terme d’esprit signifie l’immatérialité de la substance divine ; l’esprit ou souffle corporel étant invisible et pauvre de matière, nous attribuons ce nom à toutes les substances immatérielles et invisibles. Quant au mot saint, il signifie la pureté de la bonté divine. Mais si l’on prend l’expression Esprit-Saint comme un seul mot, c’est alors le nom réservé par l’usage de l’Église à désigner celle des trois personnes qui procède par mode d’amour. Et l’on vient d’en dire la raison.

2. Il est vrai que l’expression Esprit-Saint n’est pas un terme relatif ; elle en tient lieu cependant, à la faveur de l’accommodation qui lui a fait désigner une personne singulière, distinguée des autres par une pure relation. On peut d’ailleurs saisir une relation dans ce terme, si l’on entend Esprit-Saint au sens de “ spiré ”.

3. Le nom de Fils dit pure relation d’émané à principe ; tandis que le nom de Père dit relation de principe, et pareillement le nom d’Esprit, en tant qu’il évoque une énergie motrice. Or, il n’appartient pas à une créature d’être principe d’une personne divine ; c’est tout le contraire. Voilà pourquoi, en parlant des personnes divines, nous pouvons bien dire : “ notre Père ” et “ notre Esprit ”, mais non pas “ notre Fils ”.