TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 7 — Faut-il approprier les noms essentiels aux Personnes ?

Objections :

1. Lorsqu’il s’agit de Dieu, on doit éviter tout ce qui peut être occasion d’erreur pour la foi ; Saint Jérôme l’a bien dit : des formules insuffisamment pesées font encourir l’hérésie. Or, approprier à une Personne ce qui est commun aux trois, peut être occasion d’erreur pour la foi ; car on pourra penser que cet attribut ne convient qu’à la Personne à qui on l’approprie, ou qu’il lui convient davantage qu’aux autres. Il ne faut donc pas approprier aux Personnes les attributs essentiels.

2. Exprimés à l’abstrait, les attributs essentiels sont signifiés comme des formes. Mais le rapport d’une personne à une autre n’est pas celui d’une forme à son sujet ; forme et sujet ne font pas deux suppôts. Il ne faut donc pas approprier aux Personnes les attributs essentiels, surtout quand on les exprime sous forme abstraite.

3. Le terme propre précède logiquement le terme approprié, car “ propre ” sert à définir “ approprié ”. Mais ce sont au contraire les attributs essentiels qui précèdent les personnes dans notre manière de penser Dieu, de même que la notion commune précède la notion propre. On ne devrait donc pas approprier les attributs essentiels.

En sens contraire :

L’Apôtre a dit (1 Co 1, 24) : “ Le Christ, force de Dieu et sagesse de Dieu. ”

Réponse :

Pour manifester ce mystère de la foi, il convenait d’approprier aux Personnes les attributs essentiels. En effet, si, comme on l’a dit’, la Trinité des personnes ne peut être établie par voie de démonstration, il convient pourtant d’en éclairer le mystère par des moyens plus accessibles à la raison que le mystère lui-même. Or, les attributs essentiels sont davantage à la portée de notre raison que les propriétés personnelles, puisque, à partir des créatures, dont nous tirons toute notre connaissance, nous pouvons aboutir avec certitude à la connaissance des attributs essentiels, nullement à celle des attributs personnels, comme il a été dit. De même donc que nous recourons aux analogies du vestige et de l’image, découvertes dans les créatures, pour manifester les Personnes divines, de même aussi nous recourons aux attributs essentiels. Manifester ainsi les Personnes au moyen des attributs essentiels, c’est ce qu’on nomme appropriation.

Recourir ainsi aux attributs essentiels pour manifester les Personnes divines, peut se faire de deux manières. La première procède par voie de ressemblance : par exemple, au Fils qui, en tant que Verbe, procède intellectuellement, on approprie les attributs concernant l’intelligence. L’autre procède par voie de dissemblance : on approprie ainsi la puissance au Père, selon Saint Augustin, parce que les pères, en ce bas monde, souffrent ordinairement des infirmités de la vieillesse, et l’on entend écarter tout soupçon de pareilles faiblesses en Dieu.

Solutions :

1. Quand nous approprions les attributs essentiels aux Personnes, nous n’entendons pas les déclarer propriétés personnelles ; nous cherchons seulement à manifester les Personnes en faisant valoir des analogies ou des différences. Il n’en résulte donc aucune erreur pour la foi, mais bien plutôt une manifestation de la vérité.

2. Certes, si l’on appropriait les attributs essentiels de manière à en faire des propriétés des Personnes, il s’ensuivrait qu’une personne ferait pour l’autre office de forme : Saint Augustin a repoussé cette erreur, en montrant que le Père n’est point sage de la sagesse qu’il engendre comme si le Fils seul était la sagesse, comme si l’attribut “ sage ” ne convenait pas au Père

considéré sans le Fils, mais seulement au Père et au Fils pris ensemble. En vérité, si le Fils est appelé sagesse du Père, c’est qu’il est sagesse issue de la sagesse du Père : chacun d’eux est sagesse par soi, et tous deux ensemble ne font qu’une sagesse. Le Père n’est donc point sage par la sagesse qu’il engendre, mais par la sagesse qui est son essence.

3. Dans l’ordre de notre pensée, l’attribut essentiel considéré comme tel précède en effet la Personne ; mais rien n’empêche que, considéré comme approprié, il présuppose la propriété personnelle. Ainsi la notion de couleur présuppose celle d’étendue, en tant que telle ; et pourtant la couleur est présupposée en nature à l’étendue blanche, en tant que blanche.