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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — Y a-t-il un ordre entre les Personnes divines ?

Objections :

1. Il n’y a en Dieu que l’essence, la Personne, ou la notion. Or qui dit “ ordre de nature ”, n’évoque ni l’essence, ni une personne, ni une notion. Il n’y a donc pas d’ordre de nature en Dieu.

2. Dès qu’il y a un ordre de nature, il y a un premier, au moins en nature et en raison. Mais, selon Saint Athanase, “ il n’y a ni avant ni après ” dans les Personnes divines. C’est donc qu’il n’y a pas d’ordre de nature entre elles.

3. Qui dit ordre, dit distinction. Mais la Nature divine ne comporte aucune distinction. Elle ne comporte donc pas d’ordre non plus. Donc, il n’y a pas d’ordre de nature ici.

4. La nature divine est l’essence de Dieu. Mais il n’y a pas d’“ ordre de l’essence ”, en Dieu. Donc pas davantage d’ordre de nature.

En sens contraire :

une pluralité sans ordre est une confusion. Or, il n’y a pas de confusion dans les Personnes divines, dit Saint Athanase. Il y a donc là un ordre.

Réponse :

L’ordre se prend toujours par rapport à un principe. Et comme il y a des principes de tout genre, par exemple, en position, le point ; dans la connaissance : les principes de la démonstration ; et chaque cause dans sa ligne , il y aura autant d’ordres différents. En Dieu, on parle de principe selon l’origine, et sans priorité, nous l’avons vu plus haut. Il doit donc y avoir un ordre d’origine, sans priorité. Saint Augustin l’appelle “ un ordre de nature, ordre selon lequel l’un procède de l’autre, et non pas soit antérieur à l’autre ”.

Solutions :

1. “ Ordre de nature ” évoque ici la notion d’origine, mais en général et sans spécifier.

2. Dans les créatures, même quand effet et principe cœxistent strictement selon la durée, le principe précède l’effet en nature et en raison, du moins si l’on considère la réalité qui est principe. Mais, si l’on considère les relations mêmes de cause à effet, de principe et de dérivé, alors il est clair que les rapports corrélatifs sont simultanés en nature et en raison, puisque l’un entre dans la définition de l’autre. Or, en Dieu, les relations sont elles-mêmes les personnes qui subsistent en une seule nature. En conséquence, ni la nature, ni les relations ne peuvent ici donner lieu à une priorité entre les personnes, pas même à une priorité de nature et de raison.

3. “ Ordre de nature ”, disons-nous ; non que la nature elle-même ait à s’ordonner, mais parce que, entre les Personnes divines, l’ordre se prend selon leur origine naturelle.

4. “ Nature ” implique un certain aspect de principe, mais non “ essence ”. Et c’est pourquoi l’ordre d’origine s’appelle un ordre de nature, plutôt qu’un ordre d’essence.