TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — L’ange s’aime-t-il lui-même d’un amour naturel ou d’un amour électif ?

Objections :

1. L’amour naturel a pour objet la fin ; l’amour électif, les moyens. Or, une même réalité ne peut être à la fois fin et moyen sous le même rapport, donc être en même temps objet d’amour naturel et d’amour électif.

2. L’amour produit l’union, selon Denys. Mais on ne peut unir que des choses différentes. L’ange ne peut donc s’aimer lui-même.

3. L’amour est de quelque manière un mouvement qui, comme tout mouvement, tend vers autre chose que soi. L’ange ne peut donc s’aimer lui-même ni d’amour naturel ni d’amour électif.

En sens contraire :

selon Aristote, l’amour de l’autre vient de l’amour que l’on a pour soi-même.

Réponse :

L’amour a pour objet le bien, et le bien peut être substantiel ou accidentel, comme le montre l’Éthique. Il y a donc un double amour possible : l’un qui a pour objet le bien subsistant, l’autre qui s’adresse au bien accidentel. Quand on aime un être à titre de bien subsistant, on lui veut du bien ; quand on aime une réalité à titre de bien accidentel, on la désire pour un autre : ainsi on aime la science, non en vue de lui faire du bien, mais pour la posséder. Certains ont nommé cette sorte d’amour : convoitise ; et la première : amitié.

Il est évident, chez les êtres dénués de connaissance, que chacun désire acquérir ce qui lui est bon ; ainsi le feu tend à s’élever. Il en est de même chez l’ange et chez l’homme, qui naturellement désirent leur bien et leur perfection. Cela, c’est s’aimer soi-même. L’ange, comme l’homme s’aime donc lui-même naturellement quand il désire un bien d’un désir naturel. Mais quand il désire un bien par choix, il s’aime lui-même d’un amour électif.

Solutions :

1. L’ange et l’homme ne s’aiment pas à la fois naturellement et électivement à propos d’un même objet, mais à propos de réalités diverses, on vient de le dire.

2. L’unité est plus parfaite que l’union, et ainsi il y a plus d’unité dans l’amour que l’on se porte à soi-même que dans l’amour qu’on porte aux différents êtres qui nous sont unis. Quand on dit, avec Denys, que l’amour est cause d’union, c’est pour montrer que l’amour de l’autre découle de l’amour de soi, comme l’union dérive de l’unité.

3. L’amour, comme le mouvement qu’il représente, peut demeurer chez l’aimant ; il ne tend pas nécessairement vers quelque chose d’autre ; mais, de même que la connaissance peut se réfléchir sur le connaissant et le prendre comme objet, ainsi l’amour peut se réfléchir sur l’aimant et le faire s’aimer soi-même.