TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Y a-t-il chez l’ange un amour électif ?

Objections :

1. Il apparaît que non, car l’amour électif semble être un amour raisonné, puisque l’élection suppose la réflexion et le conseil, c’est-à-dire une certaine recherche, dit Aristote. Mais l’amour raisonné s’oppose à l’amour intuitif qui est propre aux anges, selon Denys. Il n’y a donc pas chez les anges d’amour électif.

2. Chez les anges, en dehors de la connaissance infuse, il n’y a que la connaissance naturelle ; car l’ange ne part pas de principes pour en venir aux conclusions. Il se trouve donc, à l’égard de tout ce qu’il peut connaître naturellement, dans la même situation que notre intelligence à l’égard des premiers principes qu’elle saisit naturellement. Mais l’amour découle de la connaissance, on l’a déjà dit. En dehors de l’amour gratuit, il n’y a donc pas chez l’ange un amour autre que naturel.

En sens contraire :

nous ne méritons ni ne déméritons dans le domaine purement naturel. Or les anges, par leur amour, peuvent mériter ou démériter. Il y a donc en eux un amour de choix.

Réponse :

Il y a chez les anges un amour naturel et un amour électif ; et l’amour naturel, chez eux, est principe de l’autre. Tout ce qui est premier, en effet, a raison de principe, et, puisque la nature est première en tout être, il faut bien que le naturel soit en lui principe du reste.

On peut aisément le constater chez l’homme, quant à son intelligence et quant à sa volonté. L’intelligence, en effet, connaît naturellement les principes et, de là, l’homme parvient à la science des conclusions, lesquelles ne lui sont pas connues naturellement, par la recherche ou par l’enseignement. Pareillement, la fin joue pour la volonté le même rôle que le principe pour l’intelligence, selon Aristote. C’est pourquoi la volonté tend naturellement vers sa fin ultime, car tout homme veut naturellement la béatitude. De cette volonté naturelle dérivent tous les autres vouloirs ; car tout ce que veut l’homme, il le veut pour la fin L’amour du bien que l’homme poursuit naturellement comme fin, est un amour naturel. L’amour qui en provient, et qui se porte vers un bien en vue de la fin, est un amour électif.

Il y a cependant une différence entre l’intelligence et la volonté. La connaissance intellectuelle, en effet, requiert que la chose connue soit dans le connaissant. Or, c’est à cause de l’imperfection de son intelligence que l’homme ne connaît pas naturellement dès le principe tous les intelligibles, mais quelques-uns seulement, à partir desquels il se porte vers les autres pour les saisir. L’acte de la puissance appétitive au contraire met en rapport celui qui désire avec la réalité même. Or, il y a des réalités qui sont bonnes en elles-mêmes et donc désirables comme telles ; et il y a aussi des réalités dont la raison de bonté tient à leur rapport avec autre chose, et qui sont désirables à cause de cette autre chose. Ce n’est donc pas du fait de son imperfection que le sujet désirant veut ceci naturellement comme sa fin, et cela électivement, en l’ordonnant à sa fin. Donc, puisque la nature de l’ange est parfaite, on ne trouve en lui que la connaissance naturelle, non la connaissance rationnelle. Mais on trouve en lui et l’amour naturel et l’amour électif.

Tout cela fait évidemment abstraction de l’ordre surnaturel, pour lequel la nature est un principe insuffisant. Il en sera parlé plus loin

Solutions :

1. Tout amour électif n’est pas nécessairement un amour rationnel, au sens où l’on oppose amour rationnel et amour intellectuel. L’amour rationnel est ainsi appelé parce qu’il suit la connaissance qui procède par raisonnement. Mais nous avons vu, en parlant du libre arbitre, que le choix ne suppose pas nécessairement le discours rationnel, sauf dans le cas del’homme.

2. La réponse vient d’être donnée.