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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Le temps fut-il concréé avec la matière informe ?

Objections :

1. Il semble que non. Saint Augustin, s’adressant à Dieu dit en effet : "Je trouve deux choses que tu as faites étrangères au temps : la matière corporelle et la nature angélique". Le temps n’est donc pas concréé avec la matière.

2. Le temps se divise entre le jour et la nuit. Mais au commencement il n’y avait ni jour ni nuit ; cela n’apparut qu’ultérieurement, quand "Dieu divisa la lumière d’avec les ténèbres". Ainsi le temps n’existait pas dès le commencement.

3. Le temps est le nombre qui mesure le mouvement du firmament. Or on lit dans l’Écriture que celui-ci fut créé au deuxième jour. Le temps n’existe donc pas dès le commencement.

4. Le mouvement est antérieur au temps. C’est donc bien lui, plutôt que le temps, qui devait être dénombré parmi les premiers êtres créés.

5. Le temps est une mesure extrinsèque ; de même le lieu. Pas plus que le lieu nous ne devons donc compter le temps au nombre des premiers êtres créés.

En sens contraire :

Saint Augustin a dit que la créature, tant spirituelle que corporelle, est créée "au commencement du temps".

Réponse :

On dit communément qu’il y a quatre choses qui furent créées en premier : la nature angélique, le ciel empyrée, la matière corporelle informe, et le temps. Mais il faut prendre garde que cette manière de parler ne découle pas de l’opinion de Saint Augustin. Celui-ci en effet pose deux créatures faites en premier : la nature angélique et la matière corporelle. Il ne fait aucune mention du ciel empyrée. Or, ces deux réalités, de la nature angélique et de la matière informe, précédent la formation non dans la durée mais par nature. Et comme elles précèdent par nature la formation, de même sont-elles aussi antérieures et au mouvement, et au temps. On ne peut donc faire figurer le temps dans cette énumération.

Celle-ci provient de l’opinion des autres Pères, pour qui l’état informe de la matière avait, dans la durée, précédé la formation. En raison de cette durée, il était donc nécessaire de poser un temps quelconque. Sinon il ne pourrait y avoir de mesure de la durée.

Solutions :

1. Saint Augustin dit cela en ce sens que la nature angélique et la matière informe précèdent le temps dans l’ordre d’origine ou de nature.

2. Selon les autres Pères, la matière se trouvait d’une certaine manière sans forme, puis elle fut formée. De même le temps fut d’une certaine manière informe, puis ultérieurement formé et distingué en jour et en nuit.

3. Si le mouvement du firmament n’a pas commencé dès le début, alors le temps qui a précédé n’était pas le nombre du mouvement du firmament, mais de tout mouvement premier. En effet, le temps se trouve être le nombre du mouvement du firmament dans la mesure où ce mouvement est le premier des mouvements. Mais s’il y avait un autre mouvement premier, c’est de ce mouvement que le temps serait la mesure. Car tout ce qui est mesuré l’est par référence au premier de son genre. D’autre part, il faut dire que dès le commencement il y eut un certain mouvement, ne serait-ce que par une succession d’idées et d’affections dans l’esprit angélique. Or, on ne peut concevoir le mouvement sans le temps, car le temps n’est rien d’autre que "le nombre de l’avant et de l’après dans le mouvement".

4. Parmi les êtres créés en premier, on compte ceux qui ont un rapport général avec les choses. On doit donc y compter le temps, puisqu’il a valeur de mesure commune. Mais cela ne vaut pas pour le mouvement, qui se rapporte seulement au sujet qu’il affecte.

5. Le lieu est à entendre dans le ciel empyrée, qui contient tout. Et comme le lieu est au nombre des réalités permanentes, il est créé simultanément dans sa totalité. Mais le temps, qui n’est pas chose permanente, a été créé seulement à l’origine dans son principe. C’est ainsi que maintenant encore rien ne peut être considéré comme du temps en acte, en dehors de l’instant présent.

Étudions à la suite l’œuvre de distinction : I. L’œuvre du premier jour (Q. 67). - II. L’œuvre du deuxième jour (Q. 68). - III. L’œuvre du troisième jour (Q. 69).