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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — La lumière peut-elle être attribuée dans un sens propre aux réalités spirituelles ?

Objections :

Saint Augustin dit que, parmi les réalités spirituelles, "la meilleure et la plus certaine est la lumière ) ; et aussi, que "ce n’est pas de la même manière que le Christ est appelé lumière et pierre, car dans le premier cas l’attribution est propre, et dans le second cas, figurative".

2. Denys compte "Lumière" parmi les noms intelligibles de Dieu. Or les noms intelligibles sont attribués dans un sens propre aux êtres spirituels. Donc la lumière est attribuée dans un sens propre aux êtres spirituels.

3. Saint Paul écrit (Ep 5,13) : "Tout ce qui se manifeste est lumière." Or, au sens propre le fait de se manifester convient aux êtres spirituels plus qu’aux corporels. Donc aussi la lumière.

En sens contraire :

Saint Ambroise place la "splendeur" au nombre des mots qui sont dits métaphoriquement de Dieu.

Réponse :

Quand on traite d’un mot, il convient de le faire selon deux points de vue : celui de sa première acception, et celui de l’usage qu’on en fait. Ainsi, le mot "vision" est d’abord employé pour signifier l’acte du sens de la vue. Mais en raison de la dignité et de la certitude de ce sens, l’emploi de ce nom s’est étendu par l’usage à toute connaissance des autres sens. Ne dit-on pas : "Voyez ce goût ou cette odeur, ou comme c’est chaud." Et ultérieurement enore l’usage s’est étendu à la connaissance intellectuelle ; ainsi lit-on dans Saint Matthieu (5,8) : "Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu."

La même méthode doit être appliquée au mot "lumière". Il a été institué pour signifier ce qui procure une manifestation au sens de la vue. Ultérieurement, la signification s’est étendue à tout ce qui produit la manifestation d’une connaissance. - Ainsi donc, pris dans son acception première, le mot lumière est attribué métaphoriquement aux êtres spirituels, comme le soutient Saint Ambroise. Mais dans la langue usuelle, où il est étendu à toute manifestation, il est attribué dans son sens propre aux êtres spirituels.

Tout cela répond clairement aux objections.