TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Le firmament a-t-il été créé le deuxième jour ?

Objections :

1. Il est dit dans la Genèse : "Dieu appela le firmament ciel." Or le ciel a été fait avant n’importe quel jour, comme il ressort des paroles : "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre."

2. Les œuvres des six jours sont ordonnées selon la sagesse divine. Or, il ne conviendrait pas à la sagesse divine qu’elle fît en second ce qui est par nature premier. Or, le firmament est par nature antérieur à l’eau et à la terre, lesquelles sont cependant mentionnées avant la formation de la lumière qui eut lieu le premier jour.

3. Tout ce qui a été fait pendant les six jours est constitué à partir de la matière, qui fut créée antérieurement à n’importe quel jour. Mais le firmament ne pouvait être formé à partir d’une matière préexistante ; sinon il serait susceptible de génération et de corruption. Le firmament n’a donc pas été fait le deuxième jour.

En sens contraire :

on lit au début de la Genèse : "Et Dieu dit : que le firmament soit." Et on lit ensuite : "Et il y eut un soir et il y eut un matin, deuxième jour."

Réponse :

Saint Augustin enseigne qu’il y a deux règles à observer dans ces questions : 1. Tenir indéfectiblement que l’Écriture sainte est vraie. 2. Quand l’Écriture peut être expliquée de plusieurs manières, personne ne doit donner à l’une des interprétations une adhésion tellement absolue que, dans le cas où il serait établi par raison certaine que cela est faux, on ait la présomption d’affirmer que tel est le sens de l’Écriture : de peur que la Sainte Écriture n’en vienne à être tournée en ridicule par les infidèles, et qu’ainsi le chemin de la foi ne leur soit fermé.

On doit donc savoir que lorsque nous lisons qu’au deuxième jour le firmament fut créé, cela peut s’entendre en un double sens.

1. Du firmament où sont les astres. Et de ce point de vue il faut que nous donnions des explications différentes selon les diverses conceptions que les hommes se font du firmament. - Certains ont dit que ce firmament est composé à partir des éléments. C’était l’opinion d’Empédocle, qui pourtant affirme que ce corps était indissoluble parce que, dans sa composition, il n’y avait pas de haine mais seulement de l’amitié. - D’autres ont soutenu que le firmament est de la nature des quatre éléments, toutefois non pas comme composé des éléments, mais comme étant un élément simple. C’était l’opinion de Platon, qui affirmait que le corps céleste appartenait à l’élément du feu. - D’autres avancèrent que le ciel n’était pas de la nature des quatre éléments, mais qu’il était un cinquième corps distinct de ceux-ci. Telle est l’opinion d’Aristote.

Si l’on s’en tient à la première opinion, on peut concéder de façon absolue que le firmament a été fait le deuxième jour, même quant à sa substance. Car il revient à l’œuvre de la création de produire la substance même des éléments, et aux œuvres de distinction et d’ornement de donner des formes à partir des éléments préexistants. - Selon l’opinion de Platon, il ne convient pas de croire que le firmament ait été fait au deuxième jour quant à sa substance ; car, dans cette conception, faire le firmament c’est produire l’élément du feu : or la production des éléments relève de l’œuvre de la création pour ceux qui tiennent qu’un état informe de la matière a précédé temporellement son information ; les formes des éléments sont en effet ce qui survient en premier dans la matière. - Si l’on adopte l’opinion d’Aristote, on peut encore bien moins affirmer que le firmament fut produit, quant à sa substance, au deuxième jour, dès lors que, par les jours, on entend désigner une succession temporelle. En effet, le ciel est de nature incorruptible ; il a donc une matière qui ne peut être sujette d’une autre forme ; il est donc impossible que le firmament ait été fait à partir d’une matière temporellement préexistante. - En conséquence, la production de la substance du firmament revient à l’œuvre de la création. Cependant, dans les deux opinions citées, une certaine information du firmament convient au deuxième jour ; Denys dit de même que la lumière du soleil demeura informe pendant les trois premiers jours de la création, puis qu’elle fut informée le quatrième jour. - Par contre, si, avec Saint Augustin, on entend par ces jours, non une succession temporelle, mais un ordre de nature, rien n’empêche de dire que selon n’importe laquelle de ces opinions la formation du firmament dans sa substance appartient au deuxième jour.

2. On peut encore entendre d’une autre manière l’affirmation que le firmament fut fait au deuxième jour. Le firmament ne signifierait pas ce sur quoi sont fixés les astres, mais cette partie de l’air où se condensent les nuages et le mot de "firmament" serait employé pour la désigner en raison de la consistance de l’air en cette partie ; car ce qui est épais et solide est appelé "corps ferme, pour le différencier du corps mathématique", dit Saint Basile. Aussi Saint Augustin recommande-t-il cette explication en ces termes : "J’estime que cette considération mérite tout à fait d’être louée ; car ce qu’elle énonce n’est pas contre la foi, et d’autre part peut être admis aussitôt qu’on a lu le texte."

Solutions :

1. Selon Saint Jean Chrysostome, Moïse aurait d’abord énoncé globalement ce que Dieu a fait, en mettant en tête : "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre" ; puis il l’aurait développé par parties. Comme si quelqu’un disait : "Cet ouvrier a fait cette maison", et puis ajoutait : "D’abord il a fait les fondations, puis il a dressé les murs, et troisièmement il a posé le toit." Ainsi n’avons-nous pas à entendre qu’il s’agisse d’un ciel différent quand il est dit : "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre", et lorsqu’il est affirmé que le firmament a été fait le deuxième jour.

Mais on peut dire qu’autre est ce ciel que l’Écriture dit avoir été créé au commencement, et celui dont elle place l’apparition au deuxième jour. Cette interprétation se présente de diverses manières. - Selon Saint Augustin, le ciel fait le premier jour est la nature spirituelle informe, et le ciel que nous disons avoir été fait le deuxième jour est le ciel corporel. - Selon Bède et Strabon, le ciel du premier jour est le ciel empyrée, et le firmament du deuxième jour est le ciel sidéral. - Pour Saint Jean Damascène, le ciel du premier jour est une sorte de ciel sphérique sans étoiles, dont parlent les philosophes, disant qu’il est la neuvième sphère et le premier mobile, et il serait mû du mouvement diurne. Quant au firmament du deuxième jour, il serait à entendre du ciel sidéral.

Il est une autre explication que suggère Saint Augustin n : le ciel du premier jour serait le ciel sidéral lui-même, et le firmament du deuxième jour serait à entendre de l’espace d’air où se condensent les nuages et qui est aussi appelé ciel par équivocité. Et ce serait justement pour signaler cette équivocité qu’il serait dit expressément : "Dieu appela le firmament le ciel", comme il a été dit auparavant : "Il appela la lumière jour" ; car le mot jour est aussi employé pour désigner un espace de vingt-quatre heures. Maïmonide observe que la même remarque peut être faite à d’autres passages.

Ce qu’on vient de dire donne la solution des objections 2 et 3.