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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — La production des plantes

Objections :

1. Il semble que leur production est mal placée au troisième jour dans le texte biblique. Car les plantes possèdent la vie comme les animaux. Or la production des animaux n’est pas rangée parmi les œuvres de distinction, mais elle relève de l’œuvre d’ornementation. La production des plantes ne devait donc pas, elle non plus, être mentionnée dans la troisième journée, qui appartient à l’œuvre de distinction.

2. Ce qui se rattache à la malédiction de la terre ne devait pas être mentionné avec la formation de la terre. Or, la production de certaines plantes relève de la malédiction de la terre : "La terre sera maudite dans ton travail, des épines et des ronces pousseront pour toi", est-il dit dans la Genèse (3,18). La production des plantes ne devait donc pas être mentionnée de manière générale en ce troisième jour qui a rapport à la formation de la terre.

3. De même que les plantes adhèrent à la terre, de même les pierres et les métaux. Et pourtant il n’est fait aucune mention de ceux-ci dans la formation de la terre. Il ne devait donc pas davantage être fait mention des plantes au troisième 1our.

En sens contraire :

il est dit dans la Genèse (1,12) : "La terre produisit une herbe verdoyante" ; et il est ajouté : "Il y eut un soir et il y eut un matin, troisième jour."

Réponse :

Comme il a été dit à l’article précédent, c’est au troisième jour que l’état informe de la terre a été supprimé. Or le récit indiquait à propos de la terre deux états informes : l’un consistant en ce qu’elle était "invisible" et "vague", parce que recouverte par les eaux ; l’autre en ce qu’elle était "inorganisée" ou "vide" ; ce qui signifiait qu’elle n’avait pas l’ornement qui lui revenait, celui qu’elle reçoit des plantes comme d’une sorte de vêtement. Ainsi, l’un et l’autre de ces états informes a-t-il été supprimé le troisième jour : le premier par le fait que "les eaux furent rassemblées en un seul lieu et le sec apparut", le second en ce que "la terre produisit de l’herbe verdoyante".

Cependant, au sujet de la production des plantes, l’opinion de Saint Augustin diffère de celle des autres. Les autres interprètes disent que les plantes ont été produites en acte, dans leurs espèces, en ce troisième jour, ce qui est conforme au sens obvie du texte. Saint Augustin au contraire affirme que "ces paroles veulent dire que la terre a produit l’herbe et les arbres par mode de causalité, c’est-à-dire qu’elle a reçu la capacité de les produire". Et il le confirme par l’autorité de l’Écriture ; la Genèse (2,4) dit en effet : "Voici les générations du ciel et de la terre quand ils ont été créés au jour où Dieu fit le ciel et la terre, et tout arbrisseau des champs avant qu’il sortît de terre, et toute herbe des campagnes, avant qu’elle germât." Avant qu’elles ne sortissent de la terre, les plantes ont donc été faites par mode de causalité dans la terre. - Il confirme aussi cette interprétation par la raison. En ces premiers jours, Dieu a constitué la créature en un état originel ou causal ; puis il s’est reposé de ce travail ; et cependant, depuis, dans l’administration des choses créées par l’œuvre de propagation, "jusqu’à présent il est à l’œuvre". Or, produire les plantes à partir de la terre appartient à l’œuvre de propagation. Donc, le troisième jour, les plantes ne furent pas produites en acte, mais seulement dans un état causal.

Cependant, selon les autres, on peut dire que la première institution des espèces appartient aux œuvres des six jours. Mais que, à partir des espèces une fois instituées, se produise la génération d’êtres semblables selon l’espèce, cela appartient désormais à l’administration des choses. C’est en ce sens que l’Écriture dit : "Avant qu’elle pousse hors de terre" ou "avant qu’elle germe", c’est-à-dire avant qu’il y ait production de semblables à partir de semblables, comme nous voyons que cela se fait maintenant de façon naturelle par ensemencement. Aussi l’Écriture dit-elle expressément : "Que la terre fasse germer de l’herbe verte et produisant sa semence."

C’est-à-dire que sont produites des espèces parfaites de plantes, à partir desquelles d’autres semences naîtront. Et peu importe l’endroit où les plantes ont leur puissance séminale, que ce soit la racine, la tige ou le fruit.

Solutions :

1. La vie reste cachée dans les plantes parce qu’elles n’ont ni le mouvement local ni la sensation, qui distinguent ce qui est animé de ce qui ne l’est pas. Et c’est pourquoi, puisqu’elles sont fixées de façon immobile dans la terre, leur production est présentée comme une sorte de formation de la terre.

2. Même avant cette malédiction, les épines et les ronces étaient produites, soit en puissance, soit en acte. Elles n’étaient pas produites comme châtiment pour l’homme, en sorte que la terre qu’il cultiverait pour sa nourriture fît germer des produits inutiles et même nuisibles. C’est pourquoi il est dit : "Elle fera germer pour toi."

3. Moïse, nous l’avons déjà dit, n’a parlé que des choses qui se manifestent de façon apparente. Or, les minéraux ont une naissance cachée dans les entrailles de la terre. En outre, ils ne sont pas manifestement distincts de la terre, mais semblent en être une espèce. Et c’est pourquoi il n’en a pas fait mention.

Il faut logiquement étudier l’œuvre d’ornementation : 1° en étudiant chacun des jours en eux-mêmes (Q. 70-73) ; 2° en considérant les six jours dans leur ensemble (Q. 74).

Dans la première partie nous verrons : I. L’œuvre du quatrième jour (Q. 70). - II. L’œuvre du cinquième jour (Q. 71). - III. L’œuvre du sixième jour (Q. 72). - IV. Ce qui relève du septième jour (Q. 73).