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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Le repos de Dieu

Objections :

1. Il semble que Dieu ne s’est pas reposé de toute son œuvre le septième jour. Car Jésus dit en Saint Jean (5,17) : "Mon Père est à l’œuvre jusqu’à maintenant, et je suis à l’œuvre, moi aussi"

2. Le repos s’oppose au mouvement, ou au travail qui a parfois le mouvement pour cause. Mais Dieu a produit ses œuvres dans l’immobilité et sans aucun travail. Il ne faut donc pas dire qu’au septième jour il s’est reposé de son œuvre.

3. Si l’on argue que Dieu s’est reposé le septième jour en ce sens qu’ "il a fait se reposer l’homme", on répondra : Le repos s’oppose à l’activité. Or cette expression "Dieu créa ou fit ceci ou cela" ne s’explique pas en ce sens que Dieu "a fait créer ou fabriquer cela par l’homme". Il est donc également inexact d’expliquer ce texte disant que Dieu s’est reposé, en ce sens qu’"il a fait se reposer l’homme".

En sens contraire :

La Genèse dit que "Dieu se reposa au septième jour de toute l’œuvre qu’il avait faite".

Réponse :

Le repos s’oppose en propre au mouvement, et par suite au travail engendré par le mouvement. Or, bien que le mouvement au sens propre se dise des corps, cependant le mot "mouvement" peut être transposé de deux manières pour signifier les réalités spirituelles : 1. En tant que toute opération est appelée mouvement ; ainsi la bonté divine elle-même est en mouvement d’une certaine manière et va vers les choses en tant qu’elle se communique à elles, comme dit Denys. 2. Le désir, qui tend vers autre chose, est appelé aussi un certain mouvement. - En conséquence, le mot "repos" peut prendre deux acceptions : 1. celle de cessation de toute œuvre ; 2. celle de la satisfaction du désir.

Et ce repos du septième jour s’applique à Dieu de ces deux manières. Au premier sens, parce que, au septième jour, il a cessé de constituer de nouvelles créatures ; ultérieurement en effet il n’a rien fait qui n’ait d’une manière quelconque préexisté dans ses premières œuvres, ainsi que nous l’avons dit. - Au second sens, en ce qu’il n’avait pas besoin lui-même de ce qu’il avait créé : il est bienheureux en jouissant de lui-même. Aussi, après la création de toutes ses œuvres on ne dit pas "qu’il a trouvé son repos dans ses œuvres", comme s’il en avait besoin pour sa béatitude, mais "qu’il se reposa d’elles", en lui-même, car par lui-même il se suffit et satisfait son propre désir. En conséquence, bien qu’il se soit reposé en lui-même de toute éternité, après la création de ses œuvres, il goûta en lui-même un repos qui appartient au septième jour. Et c’est en cela, dit Saint Augustin, que consiste "se reposer de ses œuvres".

Solutions :

1. Dieu est à l’œuvre jusqu’à maintenant, en conservant et en administrant la créature constituée, non en constituant une nouvelle créature

2. Le repos ne s’oppose pas ici au travail ou au mouvement, mais à la production de choses nouvelles et au désir qui tend vers une autre chose, comme on l’a dit.

3. De même que Dieu se repose en lui seul et trouve sa béatitude en jouissant de lui-même, de même nous devenons bienheureux du seul fait que nous jouissons de Dieu. C’est ainsi qu’il nous donne de nous reposer en lui de ses œuvres et des nôtres. Il est donc exact de donner cette interprétation : Dieu s’est reposé parce qu’il nous a fait reposer ; mais ce n’est pas la seule interprétation admissible ; l’autre est plus fondamentale et se présente la première.