TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Comment notre intelligence connaît-elle les habitus de l’âme qui existent en elle ?

Objections :

1. Il semble que notre intelligence connaisse les habitus de l’âme par leur essence. Saint Augustin dit en effet : " On ne voit pas la foi dans le cœur qui la possède, comme on voit l’âme d’un autre homme d’après les mouvements du corps ; c’est une science très certaine qui l’atteint, et la conscience la proclame. " Et il en va de même pour les autres habitus de l’âme. Ils sont donc connus non par leurs actes, mais par eux-mêmes.

2. Les réalités matérielles qui sont hors de l’âme sont connues par la présence de leurs similitudes dans l’âme. Aussi dit-on qu’elles sont connues par leurs similitudes. Or les habitus sont présents dans l’âme par leur essence. C’est donc par leur essence qu’on les connaît.

3. Ce qui fait qu’une chose est telle l’est lui-même encore davantage. Or les réalités autres que l’âme sont connues par elle à cause des habitus et des espèces intelligibles. A plus forte raison ces habitus et ces espèces sont-ils connus de l’âme par eux-mêmes.

En sens contraire :

Les habitus sont, comme les puissances, .principes des actes. Or, selon le traité De l’âme, " les actes et opérations sont, par définition, antérieurs aux puissances ". Pour la même raison, ils sont donc antérieurs aux habitus. Et ainsi les habitus sont connus par les actes, tout comme les puissances.

Réponse :

L’habitus est en quelque sorte intermédiaire entre la pure puissance et l’acte pur. Mais nous avons déjà dit que rien n’est connu sinon dans la mesure où il est en acte. Donc, dans la mesure où l’habitus s’éloigne de l’acte parfait, il lui manque d’être connu par lui-même, et il faut qu’il soit connu par son acte. Ce qui se réalise ou bien lorsqu’un individu perçoit qu’il possède un habitus parce qu’il perçoit qu’il produit l’acte propre de cet habitus ; ou bien lorsqu’on recherche la nature et la définition de l’habitus en considérant l’acte. La première connaissance de l’habitus est obtenue par la présence même de l’habitus ; car du fait même de sa présence, il cause l’acte, dans lequel il est immédiatement perçu. Le second mode de connaissance s’obtient par une recherche appliquée, comme on l’a dit au sujet de l’esprit dans l’article précédent.

Solutions :

1. Quoique la foi ne soit pas connue par les mouvements extérieurs du corps, elle est néanmoins perçue par celui qui la possède dans un acte intérieur du cœur. Car nul ne peut savoir qu’il a la foi, sinon parce qu’il perçoit qu’il croit.

2. Les habitus ne sont pas présents à notre intelligence comme ses objets ; car l’objet de notre intelligence dans l’état de la vie présente est la nature de la réalité matérielle, nous l’avons dit plus haut. Mais ils sont présents en elle comme des principes par lesquels elle connaît.

3. Le principe : " Ce qui fait qu’une chose est telle, l’est lui-même encore davantage " est vrai si on le comprend de réalités de même ordre, par exemple dans un même genre de cause, si l’on dit que le désir de la santé a pour cause la vie, on en conclut que la vie est plus désirable. Mais ce principe n’est pas vrai s’il s’agit de réalités d’ordres différents. Si l’on dit par exemple que la santé a pour cause la médecine, il ne s’ensuit pas que la médecine soit plus désirable. Car la santé est dans l’ordre des fins, la médecine dans l’ordre des causes efficientes. Donc, si nous considérons deux choses qui soient l’une et l’autre de l’ordre des objets de connaissance, celui grâce auquel l’autre est connu est le mieux connu des deux ; ainsi les principes par rapport aux conclusions. Mais l’habitus, comme réalité psychologique, n’est pas de l’ordre des objets de connaissance. Et si quelque chose est connu, l’habitus n’en est pas cause à la manière d’un objet connu, mais comme une qualité ou une forme au moyen de laquelle on connaît. Et par conséquent l’objection ne porte pas.