Article 2 — La femme devait-elle être faite à partir de l’homme ?
Objections :
1. Il semble que non. Car la sexualité est commune à l’homme et aux autres animaux. Mais chez les autres animaux les femelles n’ont pas été faites à partir des mâles. Donc cela n’aurait pas dû se faire chez l’homme.
2. Les êtres de même espèce ont la même matière. Mais l’homme et la femme sont de la même espèce. Donc, puisque l’homme a été fait du limon de la terre, c’est à partir de là que la femme aussi aurait dû être faite, et non à partir de l’homme.
3. La femme a été faite pour aider l’homme en vue de la génération. Mais une trop grande proximité rend une personne inapte à cela, aussi exclut-on du mariage les personnes proches, comme on voit au Lévitique (18, 26). Donc la femme n’aurait pas dû être faite à partir de l’homme.
En sens contraire :
il est dit dans l’Ecclésiastique (17, 5 Vg) : " Il a été créé à partir de lui (l’homme) une aide pour lui " : la femme.
Réponse :
Il convenait que la femme, dans la première institution des choses, fût formée à partir de l’homme et cela beaucoup plus que chez les autres animaux. 1°. Ainsi serait accordée au premier homme cette dignité d’être, à la ressemblance de Dieu, le principe de toute son espèce, comme Dieu est le principe de tout l’univers. Ce qui fait dire à Saint Paul (Ac 17, 26) que Dieu " d’un être unique fit tout le genre humain ". - 2°. Afin que l’homme chérît davantage la femme et s’attachât à elle de façon plus inséparable, sachant qu’elle avait été produite de lui, aussi est-il dit dans la Genèse (2, 23) : " Elle fut tirée de l’homme ; c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme. "Ce qui était d’ailleurs particulièrement nécessaire dans l’espèce humaine, où l’homme et la femme demeurent ensemble pendant toute la vie, à la différence des autres animaux. - 3°. Parce que, selon Aristote, "l’homme et la femme s’unissent chez les humains non seulement pour les besoins de la génération, comme chez les autres animaux, mais aussi pour la vie domestique, qui comporte certaines activités de l’homme et de la femme, et dans laquelle l’homme est le chef de la femme". Aussi convenait-il que la femme fût formée de l’homme comme de son principe. - 4°. La quatrième raison est de l’ordre du symbolisme sacramentel, car cela préfigure que l’Église prend son principe dans le Christ. D’où la parole de Paul (Ep 5,32) : "Ce mystère est grand, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église".
Solutions :
1. Cela répond à la première objection.
2. La matière est ce avec quoi l’on fait quelque chose. Or, la nature créée a un principe déterminé et, étant déterminée elle-même dans une ligne unique, ses productions se font aussi selon un processus déterminé ; aussi est-ce à partir d’une matière déterminée qu’elle produit quelque chose d’une espèce déterminée. Mais la vertu divine, étant infinie, peut produire une chose de même espèce à partir de n’importe quelle matière, par exemple l’homme à partir du limon de la terre, et la femme à partir de l’homme.
3. La génération naturelle fait contracter une proximité qui est en effet un empêchement au mariage. Mais ce n’est pas par une génération naturelle que la femme fut produite à partir, de l’homme, c’est par la seule vertu divine ; aussi Ève n’est-elle pas appelée la fille d’Adam, et ainsi l’argument ne porte pas.