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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 7 — Quel est le plus parfait ‒ l'état religieux, ou l'état épiscopal ?

Objections :

1. Il semble que l'état religieux soit plus parfait que l'état épiscopal. En effet, le Seigneur a dit (Mt 19, 21) : "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres." C'est ce que font les religieux. Mais les évêques n'y sont pas tenus. "Les évêques, est-il dit dans les Décrets, laisseront à leurs héritiers quelque chose de leurs biens patrimoniaux ou acquis, ou leur appartenant personnellement." Les religieux sont donc dans un état plus parfait que les évêques.

2. La perfection réside dans l'amour de Dieu plus que dans l'amour du prochain. Or l'état des religieux est directement ordonné à l'amour de Dieu, ce qui leur vaut, selon Denys "de tirer leur nom du culte et service de Dieu". L'état épiscopal, lui, semble ordonné à l'amour du prochain, dont les évêques ont la charge en qualité de surintendants, comme l'atteste leur nom, suivant la remarque de saint Augustin. L'état religieux semble donc plus parfait que l'état épiscopal.

3. L'état religieux est ordonné à la vie contemplative, qui l'emporte sur la vie active à laquelle l'état épiscopal est ordonné selon saint Grégoire : "Isaïe, aspirant à l'office de la prédication, souhaitait d'être utile au prochain dans la vie active, tandis que Jérémie, voulant s'attacher diligemment à l'amour du Créateur par la contemplation, déclinait la mission de prédicateur." Il apparaît donc que l'état religieux est plus parfait que l'état épiscopal.

Cependant :

Il n'est permis à personne de passer d'un état plus relevé à un état inférieur. Ce serait "regarder en arrière". Mais on peut passer de l'état religieux à l'état épiscopal. Les Décrets disent en effet que "l'ordination sacrée fait du moine un évêque". Il faut donc que l'état épiscopal soit plus relevé que l'état religieux.

Conclusion :

Comme dit saint Augustin : "l'agent est toujours supérieur au patient". Or, dans l'ordre de la perfection, les évêques, d'après Denys sont agents de perfection (perfectores) et les religieux, perfectionnés (perfecti). De ces deux conditions, l'une évoque l'idée d'activité, l'autre de passivité. D'où il est évident que l'état de perfection est supérieur chez les évêques à ce qu'il est chez les religieux.

Solutions :

1. Le renoncement aux biens propres peut revêtir deux formes différentes. D'abord, la forme de réalité actuelle : ainsi considéré, il n'est pas la perfection même, mais un simple moyen de perfection, nous l'avons dit. Donc rien ne s'oppose à ce que l'état de perfection puisse exister sans lui. Et ainsi des autres observances extérieures. D'autre part, le renoncement peut avoir la forme de disposition intérieure, l'homme étant prêt, s'il en était besoin, à tout abandonner ou distribuer. Et cela appartient directement à la perfection." Le Seigneur, écrit saint Augustin fait voir que les fils de la Sagesse se rendent parfaitement compte que la justice ne consiste ni à jeûner ni à manger, mais à supporter l'indigence d'une âme égale." Et saint Paul (Ph 4, 12) : "je sais vivre dans l'abondance, et manquer du nécessaire." Or les évêques sont tenus plus que personne de mépriser tous leurs biens pour l'honneur de Dieu et le salut de leur troupeau, lorsque les circonstances l'exigeront, soit en les distribuant aux pauvres, soit en supportant avec joie qu'on les leur ravisse.

2. Si les évêques s'appliquent aux choses qui relèvent de l'amour du prochain, cela provient de l'abondance de leur amour pour Dieu. C'est pourquoi le Seigneur commença par demander à Pierre s'il l'aimait, et lui confia ensuite la charge du troupeau. Saint Grégoire écrit : "Si la charge pastorale est une preuve d'amour, quiconque, pourvu des vertus nécessaires, refuse de paître le troupeau de Dieu, se trouve convaincu de ne pas aimer le Pasteur suprême." C'est un signe de plus grand amour d'accepter, pour son ami, de servir un tiers, que de vouloir servir cet ami exclusivement.

3. Selon saint Grégoire : "Que l'évêque soit le premier pour l'action et qu'il soit néanmoins plus que personne attaché à la contemplation". Il lui appartient en effet de contempler, non pas seulement pour lui-même mais pour l'instruction d'autrui. C'est ce qui fait dire à saint Grégoire : "Aux hommes parfaits qui sortent de la contemplation s'applique le mot du Psaume (145, 7 Vg) : "Le goût de ta douceur leur revient à la bouche."