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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — La sagesse est-elle seulement spéculative, ou bien est-elle aussi pratique ?

Objections :

1. Il semble que la sagesse ne soit pas pratique, mais seulement spéculative. En effet, le don de sagesse dépasse en excellence la sagesse considérée comme vertu intellectuelle. Or, comme vertu intellectuelle, la sagesse est uniquement spéculative. Donc, à plus forte raison, le don de sagesse est-il d'ordre spéculatif et non d'ordre pratique.

2. L'intelligence pratique concerne les actions à faire, qui sont contingentes. Mais la sagesse concerne le divin, qui est éternel et nécessaire. Donc la sagesse ne peut pas être pratique.

3. Selon saint Grégoire, "dans la contemplation on cherche le principe, qui est Dieu ; dans l'action au contraire, on peine sous le fardeau de la nécessité". Or, la sagesse s'occupe de la vision du divin qui n'est pas un labeur écrasant ; comme dit le livre de la Sagesse (8, 16) : "Sa société ne cause pas d'amertume ni son commerce, d'ennui." La sagesse est donc uniquement contemplative, elle n'est ni pratique ni active.

Cependant :

Il est écrit dans l'épître aux Colossiens (4, 5) : "Conduisez-vous en toute sagesse à l'égard de ceux du dehors." Cela relève bien de l’action. Donc la sagesse n’est pas seulement spéculative, mais aussi pratique.

Conclusion :

Selon saint Augustin, la partie supérieure de la raison est consacrée à la sagesse, et sa partie inférieure à la science. Or la raison supérieure, toujours selon saint Augustin, porte son attention sur les valeurs suprêmes "pour les considérer et les consulter". Pour les considérer en ce qu'elle contemple le divin en lui-même ; pour les consulter en ce qu'à partir du divin elle juge les activités humaines, qu'elle dirige selon les règles divines. Ainsi donc, la sagesse comme don n'est pas seulement spéculative, mais aussi pratique.

Solutions :

1. Plus une vertu est élevée, plus son domaine est étendu, d'après le livre Des Causes. C'est pourquoi, du fait que la sagesse comme don est plus excellente que la sagesse comme vertu intellectuelle, puisqu'elle atteint Dieu de beaucoup plus près en raison de l'union qui s'établit entre l'âme et lui, elle a le pouvoir de diriger non seulement la contemplation, mais aussi l'action.

2. Le divin en lui-même est nécessaire et éternel. Cependant il règle les affaires contingentes qui sont la matière des actes humains.

3. Il faut considérer une chose en elle-même avant de la comparer à une autre. C'est pourquoi la contemplation du divin appartient d'abord à la sagesse, qui est la vision du principe ; ultérieurement il lui appartient de diriger les actes humains selon les valeurs divines. Mais la sagesse n'apporte ni amertume ni labeur aux actes humains qu'elle dirige. A cause d'elle au contraire, l'amertume se tourne plutôt en douceur, et le labeur en repos.