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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Le Christ devait-il vivre selon la loi ?

Objections :

1. La loi prescrivait de ne faire aucun travail le jour du sabbat, comme "Dieu qui, le septième jour, s'était reposé de tout son travail" (Gn 2, 2). Mais le Christ a guéri un homme le jour du sabbat et lui a ordonné d'emporter son grabat. Il apparaît donc qu'il ne vivait pas conformément à la loi.

2. Selon les Actes (1, 1) : "Jésus se mit à agir et à enseigner". Et lui-même a enseigné (Mt 15, 11) que "tout ce qui entre dans la bouche ne souille pas l'homme", ce qui est contraire au précepte de la loi qui déclarait impurs ceux qui avaient mangé ou touché certains animaux, comme on le voit au chapitre 11 du Lévitique. Il semble donc que le Christ ne vivait pas conformément à la loi.

3. On porte le même jugement sur celui qui accomplit une action et sur celui qui l'approuve, selon saint Paul (Rm 1, 32). Mais le Christ a été d'accord avec ses disciples qui enfreignaient la loi en arrachant des épis le jour du sabbat, car il les excusait, comme on le voit en saint Matthieu (12, 1-8).

Cependant :

Il y a cette parole du Seigneur en saint Matthieu (5, 17) : "Ne croyez pas que je sois venu abolir la Loi et les Prophètes", ce que saint Jean Chrysostome commente ainsi : "Le Christ a accompli la loi, d'abord en ne transgressant aucune de ses prescririons, ensuite en justifiant par la foi ce que la lettre de la loi ne pouvait pas faire."

Conclusion :

Le Christ a mené une vie entièrement conforme aux préceptes de la loi. En signe de cela, il a voulu être circoncis, car la circoncision équivaut à professer qu'on accomplira la loi, selon saint Paul (Ga 5, 3) : "J'atteste à tout homme qui se fait circoncire qu'il est tenu d'accomplir toute la loi."

Or le Christ a voulu vivre conformément à la loi.

- 1° Pour approuver la loi ancienne.

- 2° Pour, en l'observant, la porter en lui-même à sa consommation et à son terme, et se montrer lui-même comme étant la fin assignée à la loi.

- 3° Pour enlever aux Juifs un prétexte à le calomnier.

- 4° Afin de libérer les hommes de l'esclavage de la loi, selon cette parole (Ga 4, 5) : "Dieu a envoyé son Fils né sous la loi pour qu'il rachète ceux qui étaient sujets de la loi."

Solutions :

1. Sur ce point, le Seigneur s'excuse de trois façons d'avoir transgressé la loi.

- 1° Le précepte de sanctifier le sabbat n'interdit pas un ouvrage divin, mais un ouvrage humain car, bien que Dieu ait cessé le septième jour de produire des créatures nouvelles, il est toujours à l'oeuvre pour la conservation et le gouvernement du monde. Or, faire des miracles était bien, de la part du Christ, une oeuvre divine. Aussi dit-il lui-même (Jn 5, 17) : "Mon Père est à l'oeuvre jusqu'à présent, et moi aussi."

- 2° Ce précepte n'interdisait pas les oeuvres nécessaires au salut, même à celui du corps. Aussi Jésus demanda-t-il (Lc 13, 15) : "Chacun de vous ne détache-t-il pas de la mangeoire son boeuf ou son âne pour le mener boire ?" Et il dit plus loin (14, 5) : "Lequel d'entre vous, si son âne ou son boeuf tombe dans un puits ne l'en retire pas le jour du sabbat ?" Or, il est évident que les miracles du Christ avaient pour but le salut du corps et de l'âme.

- 3° Ce précepte n'interdisait pas les oeuvres qui rassortissaient au culte divin. C'est pourquoi il dit (Mt 12, 5) : "Ne lisez-vous pas, dans la loi, qu'à chaque sabbat les prêtres, dans le Temple, enfreignent la loi du sabbat sans être coupables ?"

Il est donc évident que le Christ ne violait pas le sabbat, bien que ce fût le reproche que les Juifs lui faisaient faussement, d'après Jean (9, 16) : "Cet homme ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le sabbat."

2. Par ces paroles, le Christ a voulu montrer que l'homme n'est pas souillé dans son âme par certains aliments en raison de leur nature, mais en raison de leur symbolisme. Saint Augustin écrit à ce sujet : "Si l'on nous demande au sujet du porc ou de l'agneau, s'il est pur par nature, nous répondons que toute créature de Dieu est bonne, mais en raison de leur symbolisme, l'agneau est pur, le porc est impur."

3. Même les disciples qui, ayant faim, arrachaient des épis, étaient excusés d'enfreindre la loi, à cause de leur faim qui les y contraignait ; de même David n'avait pas transgressé la loi quand, poussé par la faim, il avait mangé les pains sacrés qui étaient interdits.