TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Convenait-il au Christ de mourir ?

Objections :

1. Le premier principe dans un genre donné ne reçoit aucune altération de ce qui est contraire à ce genre ; le feu, par exemple, ne peut jamais être froid, parce qu'il est le principe de la chaleur. Or, le Fils de Dieu est la source et le principe de toute vie, d'après le psaume (36, 10) : "En toi est la source de la vie." Donc il ne convenait pas au Christ de mourir.

2. La mort est pire que la maladie, car la maladie est le chemin qui mène à la mort. Or, il ne convient pas au Christ d'être affecté d'une maladie, dit saint Jean Chrysostome. Il ne convenait donc pas non plus au Christ de mourir.

3. Le Seigneur déclare (Jn 10, 10) : "Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu'ils l'aient avec surabondance." Or, le contraire d'une qualité ne peut produire celle-ci. Il semble donc qu'il ne convenait pas au Christ de mourir.

Cependant :

On lit en saint Jean (11, 50) : "Il est bon qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas." Cette sentence, Caïphe l'a prononcée de façon prophétique, l'Évangéliste l'atteste.

Conclusion :

Il convenait au Christ de mourir pour cinq raisons :

- 1° Satisfaire pour le genre humain qui était condamné à la mort à cause du péché, selon la Genèse (2, 17) : "Le jour où vous mangerez du fruit de l'arbre, vous mourrez de mort." Or, c'est bien satisfaire pour un autre, que de se soumettre à la peine qu'il a méritée. C'est pourquoi le Christ a voulu mourir, afin de satisfaire pour nous en mourant : "Le Christ est mort une seule fois pour nos péchés" (1 P 3, 18).

- 2° Prouver la réalité de la nature qu'il avait prise ; car, comme l'écrit Eusèbe de Césarée : "Si, après avoir vécu avec les hommes, il s'était échappé subitement, en disparaissant et en évitant la mort, tous l'auraient pris pour un fantôme".

- 3° Nous délivrer, en mourant, de la crainte de la mort ; aussi est-il écrit (He 2, 14) : Il a participé avec nous "à la chair et au sang, afin de détruire par sa mort celui qui détenait l'empire de la mort, le démon, et de libérer ceux qui, par peur de la mort, étaient pour toute leur vie soumis à la servitude".

- 4° Nous donner l'exemple, en mourant corporellement à la "similitude du péché", c'est-à-dire à la pénalité, de mourir spirituellement au péché, comme dit saint Paul (Rm 6, 10) : "S'il est mort au péché, il est mort une seule fois ; et s'il vit, il vit pour Dieu ; ainsi vous, estimez-vous morts au péché et vivants pour Dieu."

- 5° Montrer, en ressuscitant des morts, la vertu par laquelle il a triomphé de la mort, et nous inculquer l'espoir de ressusciter des morts. "Si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts ?" (1 Co 15, 12).

Solutions :

1. Le Christ est source de la vie en tant que Dieu, mais non en tant qu'homme. Or, s'il est mort, c'est en tant qu'homme et non en tant que Dieu. Aussi saint Augustin écrit-il : "Il faut exclure que le Christ ait subi la mort, comme s'il avait perdu la vie en tant qu'il est la vie elle-même ; s'il en était ainsi, la source de la vie aurait tari. Il a donc subi la mort en raison de la nature humaine qu'il avait prise spontanément ; mais il n'a pas perdu la puissance de la nature divine, par laquelle il vivifie toutes choses."

2. Si le Christ n'a pas subi une mort provenant de la maladie, c'est qu'il ne voulait pas paraître mourir par nécessité, par faiblesse de nature ; mais il a souffert une mort qui lui était imposée de l'extérieur et à laquelle il s'est soumis spontanément pour montrer que sa mort était volontaire.

3. De soi, le contraire d'une qualité ne saurait produire celle-ci, mais parfois on trouve la production accidentelle d'une qualité par son contraire ; le froid, par exemple, peut accidentellement réchauffer. C'est de cette manière que le Christ nous a conduits à la vie par sa mort, puisque par sa mort il a détruit notre mort ; pareillement, celui qui subit une peine pour un autre écarte la peine que celui-ci devait subir.